Chargés d’instruire les affaires du crash d’un avion militaire
secret, en 1973, à Maghera, et celle d’un attentat à la voiture piégée, à
Paetano, les juges vénitiens Felice Casson et Carlo Mastelloni recueillent des
témoignages et des documents tendant à prouver qu’un gouvernement secret
contrôlerait l’Italie dans l’ombre des institutions officielles. Alors qu’ils
convoquent en leur cabinet plusieurs dirigeants politiques du pays, le président
du Conseil, Giulio Andreotti, rend publique le 27 octobre 1990 une déclaration
authentifiant l’existence d’une telle superstructure, le Gladio : « Après la Seconde Guerre mondiale, la peur de l’expansionnisme
soviétique et l’infériorité des forces de l’OTAN par rapport au Kominform
conduisirent les nations d’Europe de l’Ouest à envisager de nouvelles formes de
défense non conventionnelles, créant sur leur territoire un réseau occulte de
résistance destiné à œuvrer en cas d’occupation ennemie, à travers le recueil
d’informations, le sabotage, la propagande, la guérilla [...] À la lumière des événements récents et significatifs qui ont
bouleversé l’Europe de l’Est, le gouvernement s’impose de revoir toutes les
dispositions en matière de guerre non orthodoxe et de promouvoir toute
initiative propre à vérifier, tant sur le plan politique que sur celui de la
technique militaire, l’actuelle utilité et la validité des systèmes de
protection du territoire national ».
Les révélations fracassantes de Giulio Andreotti
débouchèrent sur une pénible question : tout au long de la guerre froide, les
démocraties occidentales ont-elles été manipulées par les services spéciaux de
l’Alliance atlantique, au point que la démocratie elle-même n’aurait été qu’un
simulacre ? Pour y répondre, des commissions d’enquête parlementaires ont été
constituées en Italie [1], en
Suisse [2] et en
Belgique [3]. Le
résultat de ces investigations [4] est si
pénible que d’autres États, comme la France, ont préféré s’enfoncer dans la
dénégation.
L’existence des stay-behind était pourtant un secret
de polichinelle. En 1952, la presse allemande avait révélé les activités d’un
groupe d’extrême droite, le Bundesdeutscherjungend, dont les militants, armés
par les services secrets de l’Alliance atlantique, préparaient l’assassinat des
principaux leaders de la gauche en cas d’invasion soviétique. L’Alliance
entendait ainsi prévenir la constitution d’un gouvernement fantoche imposé par
l’Armée rouge.
Le réseau stay-behind est mentionné, en 1976, dans
le rapport de la commission d’enquête parlementaire américaine sur la CIA
présidée par le sénateur Frank Church [5]. Des
informations plus précises ont été rendues publiques, en 1978, par l’ex-chef des
stay-behind et ex-patron de la CIA, William Colby, dans son autobiograhie [6]. De
nombreux détails ont été publiés, en 1982, par le colonel Alfred H. Paddock [7], ancien
commandant du 4e Groupe d’action psychologique. Toujours en 1982, l’enquêteur du
Bureau des investigations spéciales [8], John
Loftus, a révélé les conditions de recrutement des stay-behind parmi les agents
nazis. Le journaliste et historien Gianni Flamini a décrit leur action en Italie
dans son monumental ouvrage [9] (1981 à
1984). Enfin, la redéfinition des actions du stay-behind a été officiellement
analysée lors d’un colloque organisé, en 1988, par l’US National Strategy
Information Center [10].
Aussi abondante qu’elle soit, cette documentation
reste parcellaire et donne une image biaisée du système. Des documents du
département d’État américain, ultérieurement déclassifiés et publiés, la
complètent utilement et font apparaître un dispositif global d’ingérence dans la
vie démocratique des États alliés bien plus large que les seuls stay-behind.
Retracer la formation et l’histoire du plus secret
des services secrets n’offre pas seulement un intérêt rétrospectif pour la face
cachée de la politique occidentale depuis 1947. Ce service, dont l’existence n’a
été reconnue que pour affirmer qu’il appartenait au passé, ne serait-il pas
toujours actif ? Alors qu’il était censé n’avoir jamais existé, il a
officiellement été dissous trois fois : d’abord en 1952, puis en 1973, enfin en
1990. Et, s’il est toujours actif, manipulant en sous-main les institutions
publiques, les démocraties occidentales ne sont-elles que des leurres ?
La création du stay-behind
Pour répondre à ces questions, un retour historique
s’impose. Dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, un service de
contre-espionnage américain, la branche X2 de l’OSS (Office of Strategic
Services), fut chargé de localiser les agents nazis restés sur place après le
repli de la Wehrmacht : les « stay-behind ». Plutôt que de les arrêter et de les
fusiller, James Jesus Angleton, patron du X2, et le général William J. Donovan,
directeur de l’OSS, décidèrent d’en retourner le plus grand nombre et de les
enrôler en vue de la Guerre mondiale suivante, celle qui opposerait le « monde
libre » au « péril communiste » [11]. Il
fallait faire vite, avant que les mouvements de résistance n’identifient eux
aussi les stay-behind et ne les épurent.
Cette opération débuta en Italie avec le
retournement du chef des escadrons de la mort (Decima Mas), le prince Valerio
Borghese, qui révéla les noms de ses agents pour les sauver. Puis elle fut
conduite dans tous les territoires anciennement occupés par le Reich. Ainsi, les
stay-behind français furent identifiés et recrutés après le retournement du
secrétaire général de la police, René Bousquet. À la capitulation de l’Axe,
l’opération fut étendue à l’Allemagne elle-même jusqu’à retourner le général
Reinhard Gehlen, ex-chef du service secret de la Wehrmacht sur le front de
l’Est. Après dix mois de « traitement » aux États-Unis par Frank G. Wisner,
Gehlen fut amnistié et se vit confier la création et la direction du
Bundesnachrichtendienst (BND), le service secret de l’Allemagne fédérale [12].
L’opération fut planifiée par Allan Dulles, alors chef de poste de l’OSS à
Berne. Il s’appuya sur les contacts informels qu’il avait eus, depuis la
mi-1942, avec deux tendances du parti nazi en vue de conclure une paix
séparée [13]. Les
agents nazis, fascistes et oustachis, dont les fonctions étaient publiques ne
pouvaient être réemployés en Europe. Ils furent donc déplacés en Amérique latine
où ils pouvaient être utilisés. Leur exfiltration fut réalisée par le
Saint-Siège, qui partageait leur logique, sous la responsabilité de Mgr Giovanni
Battista Montini [14]. En
France, le tri des agents de nationalité allemande fut opéré au camp
d’internement du Coudray-Morancez (Eure-et-Loir), sous le couvert du séminaire
de l’abbé Franz Stock [15].
En 1946, le président Harry S. Truman s’attela à la
reconversion de l’économie et des institutions de guerre américaines. Prenant
acte des difficultés que son pays avait rencontrées pendant la Seconde Guerre
mondiale, il décida de doter les États-Unis d’une industrie de guerre et de
services secrets permanents. Cette décision était légitime au regard de
l’improvisation dans laquelle son pays s’était trouvé pendant le conflit, elle
révélait aussi la difficulté de reconvertir l’énorme machine de guerre
américaine à l’économie de paix. Truman dut faire face à de vives oppositions
politiques, des deux bords, pour faire entériner sa décision. Selon les
préconisations du général William J. Donovan, directeur de l’OSS, la nouvelle
Agence centrale de renseignements (CIA) devait se substituer partiellement aux
services de la Marine, de l’Armée de terre, et du Secrétariat d’État. Elle ne
devait pas se contenter de recueillir des renseignements, mais devait aussi
pouvoir agir à l’étranger, en violation de la souveraineté des États. Si Truman
valida la première proposition, il renonça à la seconde. Officiellement, le
National Security Act, validé par le Congrès en 1947, pérennise en temps de paix
un dispositif militaire général qui comprend une agence de renseignements
extérieurs, la CIA, dénuée de toute compétence pour conduire des « opérations
spéciales ». L’Organisation Gehlen en Allemagne et le réseau stay-behind dans
toute l’Europe n’avaient donc plus de raison d’être et auraient dû être
démantelés.
Néanmoins, à l’occasion de débats sur les conditions
d’occupation de l’Allemagne vaincue, la conférence des ministres des Affaires
étrangères à Moscou montra qu’il était impossible aux pays tiers de ne pas se
positionner dans le conflit USA-URSS. La première, la France choisit son camp,
celui des Anglo-Américains. C’était le début d’une guerre non déclarée et sans
opérations militaires conventionnelles, la guerre « froide ». Revenant
illégalement sur la décision du Congrès, Harry S. Truman institua en secret un
nouveau service pour conduire des opérations de guerre en temps de paix.
L’Organisation Gehlen et le réseau stay-behind en fournirent immédiatement les
fondements.
La seule base juridique des opérations spéciales est
la National Security Council Directive on Office of Special Projects (NSC 10/2)
du 18 juin 1948. Classée top secret, elle n’a été rendue publique que cinquante
ans plus tard [16]. Cette
directive stipule que les opérations du réseau seront planifiées et conduites
sous l’autorité d’un Bureau administrativement rattaché à la CIA et, en temps de
guerre, en coordination avec l’état-major. Le chef de ce bureau est nommé par le
secrétaire d’État, agréé par le directeur de la CIA, puis confirmé par le
Conseil national de sécurité. Initialement, ce Bureau disposait d’une autonomie
complète et n’était rattaché à la CIA que pour bénéficier d’un financement
légal. En cas de désaccord entre le Bureau d’une part, et directeur de la CIA
d’autre part, ou le Secrétaire d’État, ou encore le Secrétaire à la Défense, le
litige ne pouvait être tranché que par le Conseil national de sécurité. Chaque
autorité concernée devait désigner un officier de liaison auprès du Bureau et
lui transmettre toute information requise, de sorte que le secret de l’existence
même du Bureau fut conservé. La compétence du Bureau est ainsi définie : « Toutes activités, conduites ou favorisées par le Gouvernement contre
des États ou des groupes hostiles, ou de soutien d’États ou de groupes amis,
mais qui sont planifiées et exécutées de sorte que la responsabilité d’aucun
Gouvernement [successif] des États-Unis ne puisse apparaître
aux personnes non-autorisées, ou que, si elles sont découvertes, le Gouvernement
des États-Unis puisse en dénier plausiblement la responsabilité. Précisément, de
telles opérations comprennent toute activité secrète en relation avec : la
propagande ; la guerre économique ; l’action préventive directe, incluant le
sabotage, l’anti-sabotage, les mesures de destruction et d’exfiltration ; la
subversion d’États hostiles, incluant l’assistance aux mouvements de résistance,
aux guérillas locales et aux groupes de libération en exil ; et le soutien aux
éléments anticommunistes locaux dans les États menacés du monde libre. Ces
opérations ne comprennent pas les conflits armés conduits par des forces
militaires reconnues, l’espionnage, le contre-espionnage, la couverture ou la
tromperie pour des opérations militaires ».
L’organisation interne du réseau a été définie dans
un mémorandum secret, rédigé par le premier directeur du Bureau à l’attention du
directeur de la CIA [17]. Il
est divisé en cinq groupes fonctionnels :
le Groupe de guerre psychologique (presse, radio, rumeurs, etc.) ;
le Groupe de guerre politique (aide à la résistance dans les États
communistes, aide aux mouvements en exil, aide aux mouvements anticommunistes
dans les pays libres, encouragement aux transfuges) ;
le Groupe de guerre économique (empêchement d’achat de fournitures,
manipulation des marchés, marché noir, spéculation sur les monnaies,
contrefaçon, etc.) ;
le Groupe d’action directe préventive (aide aux guérillas, sabotage,
contre-sabotage, destruction, exfiltration, stay-behind) ;
le Groupe « divers ».
Pour Truman et son équipe, la nouvelle guerre n’est
pas de type conventionnel et n’oppose pas les États-Unis à l’URSS, mais elle est
politique, économique et psychologique et oppose l’Occident au communisme.
L’intérêt des États-Unis devient la défense des valeurs de ses « pères
fondateurs » [18],
donnant ainsi une dimension religieuse, sinon mystique, à la guerre froide. Tous
les moyens doivent être mobilisés pour que les Occidentaux se reconnaissent dans
le camp américain, s’identifient au « monde libre », se préparent à se sacrifier
pour lui.
Le stay-behind n’est qu’une arme particulière dans
cette croisade. L’expression « stay-behind » était utilisée par les services
britanniques pour désigner ses agents restés en arrière de la ligne de front.
Ils pouvaient avoir pour mission d’organiser une résistance locale en
bénéficiant du parachutage d’armes et de moyens de transmission. Pendant la
guerre froide, l’idée de ne pas attendre une occupation soviétique de l’Europe
occidentale pour y préparer l’infrastructure de réseaux de résistance parut
logique. De même l’idée de recruter, pour un réseau atlantiste de ce type, des
anticommunistes habitués à l’action secrète allait de soi. Outre les agents
nazis retournés par l’OSS, Carmel Offie continua à recruter des personnels dans
les milieux d’extrême droite pour la nouvelle structure américaine. Concernant
la faction ultramontaine [19] des
catholiques, les Anglo-Américains passèrent un accord global avec le Saint-Siège
par l’entremise du cardinal Francis Spellman.
Développement du stay-behind
Si les stay-behind avaient pour seule finalité de
préparer la résistance en cas d’occupation, chaque État aurait pu s’en doter, de
sa propre initiative et sous sa seule autorité. Mais dans la mesure où l’on
considérait que les communistes occupaient déjà partiellement, sur le plan
idéologique tout au moins, l’Europe occidentale, il devenait indispensable que
les stay-behind échappent à des gouvernements dans lesquels l’ennemi pouvait
entrer par la voie électorale à tout moment.
Forts de ce raisonnement, des accords tripartites
furent signés entre les États-Unis, le Royaume-Uni et chacun de leurs alliés
autorisant Washington à agir sur leurs territoires à leur insu, de manière à les
défendre face à l’infiltration communiste.
En 1949, les premiers accords furent intégrés dans
un système multilatéral incluant la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, la
France et le Royaume-Uni. Il était géré par le Comité clandestin de l’Union
occidentale (CCUO). Suite à la signature du Traité de l’Atlantique-Nord, ce
système fut ouvert à de nouveaux États, et plus tard encore à des États neutres
géographiquement situés aux marges de l’OTAN. Le CCUO devint alors le Comité
clandestin de planification (CPC, Clandestine Planning Committee) puis, en 1958,
le Comité allié de coordination (ACC, Allied Coordination Committee).
Le fondement juridique de ce dispositif est fourni
par des protocoles secrets du Traité de l’Atlantique-Nord. Il n’est pas intégré
pour autant à l’Organisation du Traité (OTAN), de sorte que le retrait français
de l’OTAN (1966-95) n’a nullement impliqué son retrait du dispositif. La
supervision du CCUO-CPC-ACC est assurée par les Anglo-Américains qui se sont
réparti des zones d’influence : aux Britanniques le Benelux et la péninsule
ibérique, aux Américains, tout le reste. La présidence du Comité est
« tournante », elle revient à tour de rôle à chaque État membre.
Selon le colonel Oswald Le Winter, ancien officier
traitant du Gladio au sein de la CIA, les protocoles additionnels du Traité de
l’Altantique-Nord stipulent notamment que les États membres renoncent à
poursuivre les agissements de groupes d’extrême droite lorsque ceux-ci sont
utilisés pour les besoins du service. Ces documents auraient été signés pour la
France par Robert Schuman, alors président du Conseil.
Aux États-Unis, ce service secret fut initialement
dénommé Bureau pour la coordination politique (OPC). Son premier directeur fut
Frank G. Wisner [20]. Il a
été choisi par le secrétaire d’État, le général George Marshall, sur une
liste [21] de six
noms établie par son conseiller George F. Keenan en relation avec Allan Dulles.
Irving Brown, représentant du syndicat AFL-CIO à Paris, et Norris Chapman,
diplomate en poste à Paris, y figurent. Décrivant cette période, William Colby
écrit : « Débordant de dynamisme et d’intelligence, Wisner ne
ménagea pas sa peine et, en quelques mois, faisant largement appel à ses anciens
collègues de l’OSS, mit sur pied, dans le monde entier, une espèce de nouvel
ordre des Templiers, chargé de défendre la liberté occidentale contre
l’obscurantisme communiste... et la guerre ».
Au début des années cinquante, le général Walter B.
Smith, nouvellement nommé directeur de la CIA, exigea que le Bureau ne soit pas
seulement administrativement rattaché à l’Agence, mais qu’il soit subordonné à
son autorité. Il finit par obtenir sa fusion avec la Direction de la
planification de l’Agence, en août 1952. Les autorités américaines admirent à
cette occasion que l’OPC avait existé et prétendirent qu’elles venaient de le
dissoudre. Elles ne pouvaient en effet reconnaître la fusion puisque les
activités de l’ex-OPC restaient illégales. Le général Smith s’adjoignit le
concours d’Allan Dulles, ex-chef de l’OSS et frère du secrétaire d’État John F.
Dulles.
En contrepartie de sa perte d’indépendance, Frank G.
Wisner disposa de moyens accrus, notamment d’un Centre de guerre psychologique,
installé à Fort Bragg sous le commandement du major-général Robert A. McClure.
Ce Psychological Warfare Center prit ultérieurement le nom de Special Warfare
School (1956-68), puis d’Institute for Military Assistance (1969-83), et enfin
de John F. Kennedy Special Warfare Center and School (depuis 1983). Fort Bragg
est devenu l’une des plus importantes bases militaires dans le monde. C’est là
que stationnent les unités spéciales, les « bérets verts ».
Selon le rapport Church, le réseau disposait déjà,
en 1952, de trois mille collaborateurs, de quarante-sept postes à l’étranger et
d’un budget annuel de deux cents millions de dollars. Wisner a toujours
revendiqué comme exploits de son service la création de syndicats non
communistes en Europe (1947-50), le renversement de Mossadegh en Iran (1953) et
celui de Jacopo Arbenz au Guatemala (1954). Des opérations moins probantes ont
été conduites en Albanie, en Ukraine, en Pologne et en Corée [22]. L’OPC
étendait donc ses activités hors d’Europe.
En 1958, Richard M. Bissell succéda à Frank G.
Wisner. Puis, Richard M. Helms, Desmond Fritzgerald, Thomas H. Karamessines et
William E. Colby.
Depuis 1968, le Comité de liaison (CCUO-CPC-ACC) a
été renforcé, selon une articulation et des modalités obscures, par une réunion
annuelle de contact des services secrets européens, le Club de Berne.
En mars 1973, le dispositif fut à nouveau remodelé
et la Direction prit sa dénomination actuelle de Direction des opérations. Elle
fut dirigée par William Nelson, puis William Wells, John N. McMahon, Max
C. Hugel, John H. Stein, Clair E. George, Richard F. Stolz. C’est dans cette
période que les activités du stay-behind furent renforcées en Amérique latine.
Une coordination des services argentins, boliviens, chiliens, etc. est mise sur
place pour terroriser et éliminer les leaders des oppositions. Cette
coordination peut compter sur le soutien des stay-behind espagnols, français,
portugais, etc. pour espionner et assassiner ceux qui s’enfuient en Europe.
C’est l’opération Condor, dont la direction opérationnelle est confiée à Klaus
Barbie. Les responsables militaires latino-américains du stay-behind furent
formés à l’US School of Americas de Fort Benning (Géorgie), devenue en 2001
Western Hemispheric Institute for Security Cooperation (WHISC) par des
professeurs provenant de Fort Bragg. L’École des Amériques a été vivement
critiquée après la publication de ses manuels internes et la révélation des
cours de torture qui y étaient prodigués.
Simultanément, le stay-behind met en place une
organisation internationale politico-militaire, la loge Propaganda Due (P2),
régulièrement affiliée au Grand Orient d’Italie. Elle sert d’instrument
privilégié pour articuler guerre politique et opérations spéciales. Licio Gelli,
le grand-maître de la P2, avait été l’officier fasciste de liaison entre l’X2 de
l’OSS et la Decima Mas du prince Valerio Borghese lors de la constitution du
stay-behind en Italie. Son association réunissait plusieurs milliers de
personnalités du monde de la politique, des armées, de la finance, de l’Église
et des arts, dont neuf cent vingt-trois Italiens. Gelli était devenu un
personnage central du dispositif atlantiste au point de figurer comme invité
spécial aux cérémonies d’investiture de Bush, Carter et Reagan. La P2
établissait un pont entre les stay-behind et les agents des autres groupes du
dispositif. Elle a été dissoute et ses membres font l’objet de diverses
poursuites judiciaires aussi bien pour leur implication dans des tentatives de
coups d’État que pour leur rôle dans la faillite du Banco Ambrosiano. Seules les
listes des membres italiens et argentins de la loge ont été publiées.
Selon nos informations, la loge P2 a été
reconstituée sous le couvert d’une ONG suisse de jumelage de communes dans le
monde. Cette association disposant d’un statut consultatif auprès des Nations
Unies, le fils de Licio Gelli, qui en assure la présidence, a pu participer à la
dernière assemblée générale de l’ONU.
En 1986, les armes du Gladio, enfouies dans des
conteneurs disséminés dans toute l’Europe, furent remplacées. Le réseau fut doté
du matériel de transmission crypté le plus sophistiqué, le Harpoon. Ces
acquisitions furent facturées par les Américains à chaque État membre.
En 1990, éclata en Italie le scandale du Gladio.
Officiellement les stay-behind furent dissous partout en Europe. En réalité, ils
continuèrent à fonctionner sans rien changer, sous le commandement de Thomas
A. Twetten, puis de David Cohen.
Actuellement, le « Maître plan » du Pentagone
prévoit de séparer à moyen terme les activités de guerre politique, économique
et psychologique, des opérations spéciales. De la sorte, les militaires ne
seraient plus cantonnés à des opérations commandos, mais pourraient s’investir
massivement dans la guerre spéciale, qui reste en temps de paix sous contrôle du
Département d’État. Il semble néanmoins que cette restructuration soit difficile
à mettre en œuvre.
En outre, le développement d’une formation aux
Affaires civiles à Fort Bragg a pour objet de préparer des personnels aptes à
administrer des territoires occupés, dans le cadre de missions de maintien de la
paix, et à y maximiser l’influence américaine [23].
Le stay-behind français
Les dirigeants internationaux de
l’AFL-CIO
A droite, Irwing Brown (1911-1989), responsable
du stay-behind pour les milieux de gauche et étudiants en Europe. Il se vantait
d’avoir financé aussi bien l’UNI que la MNEF et d’avoir formé personnellement
Jean-Christophe Cambadélis et Lionel Jospin.
Pour ce qui concerne la France, en 1947, James J.
Angleton prit contact avec Henri Ribière, le patron du SDECE. Ribière, qui
revenait de déportation, étant malade, c’est son adjoint, le colonel Pierre
Fourcaud, qui transmit la proposition au premier président du Conseil de la
IVe République, Paul Ramadier, qui l’accepta. Le 4 mai, Ramadier
renvoya les ministres communistes de son cabinet, puis il autorisa le ministre
des Affaires étrangères, Georges Bidault, à négocier un accord militaire secret
avec les États-Unis. Des discussions furent conduites par le général Pierre
Billote et le général George Marshall, de décembre 1947 à mai 1948, dans un fort
près de New York.
Selon les accords conclus, seul le président du
Conseil est tenu informé de l’activation du « stay-behind » local, d’abord
dénommé « Mission 48 », puis « Arc-en-ciel » [24]. Il
peut se faire communiquer les noms des agents opérant sur son territoireen
envoyant un émissaire consulter la liste mise à jour à son attention au siège de
la CIA américaine ou de l’Intelligence Service britannique. Le réseau comprend
une cellule occulteauseindes principaux services militaires officiels (Sécurité
militaire, services extérieurs, etc.) et civils (Renseignements généraux,
Secrétariat général de la Défense nationale, etc.). Ainsi, lors de la création
du stay-behind, le service 259/7 du SDECE, dirigé par Jacques Locquin, reçoit
comme instruction de préparer l’exfiltration du gouvernement vers l’Afrique du
Nord en cas d’invasion soviétique. De même, le chef des forces françaises
d’occupation en Allemagne, le général d’armée Pierre Kœnig, est chargé de mettre
en place des nœuds d’interception le long des axes potentiels de pénétration de
l’Armée rouge.
Les agents sont recrutés sur le double critère de la
compétence et de l’anticommunisme. Compte tenu des réseaux cagoulards [25] du
colonel Pierre Fourcaud, il peut s’agir aussi bien d’anciens résistants que
d’anciens agents nazis retournés et recyclés. Ils peuvent recevoir une formation
commando au sein de la 11e Brigade parachutiste de choc à Cercottes
(Loiret). Cette unité est constituée par le capitaine Paul Aussaresses. Selon la
hiérarchie officielle, elle dépend du service Action des services secrets
extérieurs (SDECE) placé sous le commandement du colonel Jacques Morlanne [26] mais,
selon la hiérarchie occulte, elle dépend de l’OTAN par l’entremise du
lieutenant-colonel Jacques Foccart. Éventuellement, à partir de 1952, les agents
peuvent recevoir une formation complémentaire en guerre psychologique au
Psychological Warfare Center de la CIA à Fort Bragg (Caroline du Nord). Une
cellule du stay-behind, liée au SDECE, le « Brain Trust Action », est
subordonnée à l’« Executive Action » de la CIA, pour exécuter des meurtres
politiques. Pour permettre à des civils de se former au 11e Choc, le
ministre des Anciens combattants, François Mitterrand, autorise l’utilisation de
l’Association des réservistes volontaires parachutistes (ARVP). Et pour
faciliter leur disponibilité, les Américains proposent des emplois de
couverture. Par exemple, deux responsables régionaux du stay-behind, Gilbert
Beaujolin et François Durand de Grossouvre (alias « Monsieur Leduc »), créent
une société commerciale qui bénéficie aussitôt de la concession exclusive
d’embouteillage de Coca-Cola [27].
Des cellules du réseau sont installées à l’abri de
structures acquises à la lutte anticommuniste. Ainsi le groupe de l’ex-milicien
Paul Touvier se trouve-t-il organisé au sein d’un ordre secret de chevalerie, la
Militia Sanctæ Mariæ ; celui d’André Voisin au sein de l’association
Réconciliation française ; ou celui de Roger Patrice-Pelat à l’intérieur d’une
société ésotérique, l’Ordre du Prieuré de Sion. Ces cellules peuvent être
rattachées à divers organismes de l’OTAN. En général, elles obéissent au
CCUO-CPC-ACC, mais elles peuvent aussi être directement subordonnées au Supreme
Headquarter Allied Powers Europe (SHAPE).
En 1947, l’OPC fut impliqué dans le Plan Bleu, une
tentative de libération des épurés emprisonnés à Fresnes et de renversement de
la République au profit de l’amiral Paul Auphan. L’affaire ayant avorté avant
d’être lancée, John Foster Dulles rencontra discrètement le général De Gaulle,
en décembre, afin d’envisager avec lui une opération de ce type si les
communistes gagnaient les élections. À la même période, c’est par le biais
d’Irwing Brown [28] et de
Carmel Offie [29] que
l’OPC provoqua la scission de la CGT et la création de Force ouvrière, ainsi que
l’instrumentalisation d’une dissidence trotskiste contre les communistes
orthodoxes. En 1958, le Bureau organisa l’accession au pouvoir de De Gaulle.
Mais c’est encore le Bureau qui, en 1961, songea à remplacer De Gaulle par un
autre général et encouragea le putsch des généraux d’Alger.
À l’initiative du major belge, J-M. Bougerol et du
baron Benoît de Bonvoisin [30], le
Bureau a utilisé comme couverture plusieurs associations sectaires [31]. Elles
étaient toutes financées par l’entremise du Public Information Office (PIO) [32] de
l’OTAN à Bruxelles. Ainsi, dans les années 70, l’Ordre souverain et militaire du
Temple de Jérusalem (OSMTJ) fut utilisé par Charly Lascorz et le député Claude
Marcus en lien avec le SAC de Jacques Foccart ; de même pour l’Ordre rénové du
Temple (ORT) de Raymond Bernard et de Julien Origas [33], puis
de Luc Jouret. Enfin, l’Ordre du Temple solaire (ORT) de Luc Jouret [34] et
Joseph Di Mambro.
Le 12 novembre 1990, alors que l’Italie se débattait
dans le scandale Gladio, le ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement,
reconnu qu’un Glaive avait existé en France. Maniant la langue de bois, il
assura qu’il était resté dormant et ne s’était jamais ingéré dans la vie
politique intérieure. Le lendemain, le président François Mitterrand indiqua
qu’il avait récemment ordonné au général Jean Heinrich [35], qui
le dirigeait en qualité de chef du service Action de la DGSE, de le
dissoudre.
Le stay-behind dans le monde
L’existence du stay-behind a été officiellement
reconnue en Allemagne, en Autriche (réseau Schwert), en Belgique, au Danemark,
en Espagne, en France (Rose des vents), en Grèce (Toison rouge), en Italie
(Gladio), au Luxembourg, en Norvège, aux Pays-Bas, au Portugal, au Royaume-Uni,
en Suède, en Suisse et en Turquie. Aucune investigation n’a été conduite au sein
des institutions de l’Union européenne, bien que de nombreuses informations
laissent à penser que le stay-behind en contrôle les rouages essentiels.
On peut citer plusieurs coups d’État, réussis ou
manqués, qui peuvent lui être imputés : outre les événements de 1958 et 1961 en
France, les complots Sogno et Borghèse en Italie, le coup des colonels en Grèce,
celui contre Makarios à Chypre [36]. À ces
opérations de vaste envergure, il convient d’ajouter de nombreuses opérations de
déstabilisation politique et des assassinats comme celui du Premier ministre
suédois, Olof Palme.
Thierry Meyssan
Journaliste et écrivain, président
du Réseau Voltaire.
Le Site du Réseau Voltaire
[1] Relazione sulla vicenda « Gladio » presentatat dal Presidente del
Consiglio dei Ministri (Andreotti) communicata alla Presidenza il 26 febbraio
1991, Senato della Repubblica, X Legislativa, Doc XXVII, n° 6.
[2] Rapport de la Commission d’enquête parlementaire chargée de clarifier
les faits d’une grande portée survenus au Département militaire fédéral,
1990.
[3] Rapport de la Commission d’enquête parlementaire sur l’existence en
Belgique d’un réseau de renseignements clandestin international Sénat, 1er
octobre 1991, n° 1117-4.
[4] Gladio, sous la dir. de J. Willems, EPO éd., 1991 ; Gladio, Das Erbe des Kalten Kriesges, A. Müller, 1991 ; L’Affaire Gladio, les réseaux secrets américains au cœur du
terrorisme en Europe, Jean-François Brozzu-Gentile, Albin Michel, 1994. Voir
aussi le remarquable documentaire d’Allan Francovitch, Gladio, les
meneurs de jeu, Observer Film Company, 1992.
[5] US
Congress, Senate, Select Committee to Study Governmental
Operations with Respect to Intelligence Activities, Final Report, 94 th
Cong., 2d sess., 1976. Des extraits du rapport Church ont été publiés en version
française dans Les Complots de la CIA, manipulations et
assassinats, Stock, 1976. Ils ne comprennent pas les passages relatifs au
Gladio contenus dans les livres I et IV du rapport.
[6] Honorable Men, my Life in the CIA, traduit en français sous le
titre 30 ans de CIA, William Colby, Presses de la Renaissance,
1978.
[7] US Special Warfare : its origins, Alfred H. Paddock, National
Defence University Press, 1982.
[8] The Belarus Secret, 1982. Version française : L’Affreux secret, quand les Américains recrutaient des espions nazis.
De Gehlen à Klaus Barbie. John Loftus, Plon, 1985.
[9] Il partido del golpe. Le strategie della tensione e del terrore dal
primo centrosinistra organico al sequestro Moro, Gianni Flamini, Italo
Bovolenta, 4 vol., 1981 à 1984.
[10] Political Warfare and Psychological Operations, Rethinking the US
Approach, US National Strategy Information Center, National Defence
University Press, 1989.
[11] OSS. The Secret History of America’s First Central Intelligence
Agency, Tom Brower, University of California Press, 1972.
[12] L’Organisation Gehlen, Richard Gehlen, Presses de la Cité et
Fayard, 1972. Une version abrégée a été publié par les éditions Saint-Clair, en
1975. Elle a été réalisée par un stay-behind, le négationniste David Irving.
[13] En
violation de la Charte de l’Atlantique, l’OSS prit contact avec des dignitaires
du Reich et de la Collaboration pour négocier une paix séparée USA-Allemagne et
une alliance contre l’URSS. Il s’agissait en quelque sorte de renverser la
logique cynique du pacte soviéto-germanique. La plupart des contacts eurent lieu
à Berne, d’autres dans la péninsule ibérique. En 1942-43, Allan Dulles a
notamment reçu en Suisse André Bettencourt, Pierre Guilhain de Bénouville et
François Mitterrand.
[14] Futur
pape sous le nom de Paul VI.
[15] Une
messe solennelle a été célébrée à Chartres à l’occasion du 50e anniversaire de
la mort de Franz Stock en présence du chancelier fédéral Helmut Kohl et du
président du Sénat français, René Maunory. À cet occasion, M. Kohl a publié dans
Le Monde du 25 février 1998 un hommage à l’abbé Stock,
précurseur de la réconciliation européenne. Un procès en béatification a été
ouvert à Rome.
[16] Foreign Relations of the United States, 1945-1950 Emergence of the
Intelligence Establishment, Governement Printing Office, 1996.
[17] Op.
cit.
[18] Les
« pères fondateurs » sont des puritains, exilés par la Couronne britannique,
venus trouver une « terre promise » dans le Nouveau monde.
[19] Les
ultramontains sont des catholiques défendant la politique des papes contre les
intérêts des Églises catholiques locales.
[20] Frank
G. Wisner a dirigé le stay-behind de sa création à 1958. Il sombra dans
l’alcoolisme et se serait suicidé en 1965.
[21]
Mémorandum en date du 30 juin 1948 in Foreign Relations of the
United States, 1945-1950 Emergence of the Intelligence Establishment,
Governement Printing Office, 1996.
[22] Sur
ces opérations, cf. The Use of Covert Paramilitary Activity as a
Policy Tool : An Analysis of Operations Conducted by the US CIA, 1949-1951,
Major D. H. Berger, US Marine Corps Command éd.
[23] Les Actions civilo-militaires. De l’urgence au développement : quels
outils pour la France ?, rapport n° 3167, présenté par Robert Gaïa le 20
juin 2001, Assemblée nationale, Commission de la Défense. Ce rapport cite en
exemple pour la France la cohérence de la doctrine américaine.
[24] Cf. la
rubrique « stay-behind », in Encyclopédie du renseignement et des
services secrets, Jacques Baud, Lavauzelle éd., 1997. Voir aussi les
rubriques « Opération Gladio » et « Des réseaux dormants dans toute la France »
in Les Secrets de l’espionnage français de 1870 à nos jours,
Pascal Krop, Jean-Claude Lattès éd., 1993.
[25] La
Cagoule est un complot qui tenta de renverser la IIIe République.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, certains de ses membres choisirent la
Collaboration en considérant qu’ils pourraient ainsi réaliser leur projet
fasciste pour la France ; d’autres, par nationalisme, entrèrent en résistance,
pensant que l’Occupation était un tribut trop lourd pour parvenir à leurs fins.
Sous Vichy comme à la Libération, les cagoulards se prêtèrent mutuellement
assistance.
[26]
Jacques Morlanne est le pseudonyme d’Henri Fille-Lambie.
[27] La
distribution revient à la Société parisienne de boisons gazeuses et aux
Glacières de Paris, filiales des Pastis Pernod.
[28] Éminences grises, Roger Faligot et Rémi Kauffer, Fayard, 1992 ;
« The Origin of CIA Financing of AFL Programs » in Covert Action
Quaterly, n° 76, 1999.
[29] Carmel
Offie, qui a joué un rôle central dans l’implantation de l’OPC en France, a été
écarté par les macarthistes d’une partie de ses responsabilités en raison de son
homosexualité.
[30] De Bonvoisin and Co, Philippe Brewaeys et Jean-Frédérick De
Liège, EPO, 1992.
[31] Faux chevaliers, vrais gogos. Enquête sur les faux ordres de
chevalerie, Patrice Chairoff, Jean-Cyrille Godefroy éd., 1985. Rapport de la Commission d’enquête parlementaire visant à élaborer
une politique en vue de lutter contre les pratiques illégales des sectes et le
danger qu’elles représentent pour la société et pour les personnes,
particulièrement les mineurs d’âge, Chambre des Représentants de Belgique,
n° 313/7, 28 avril 1997.
[32] Le PIO
a été fermé en 1978, mais ses activités subsistent sous une autre appellation.
Le PIO manipulait également le NEM Club, le CEPIC, la Confrérie des hospitaliers
de Notre-Dame-d’Aulne, et la Milice de Jésus-Christ.
[33] Julien
Origas, grand maître de l’ORT sous le pseudonyme d’Hubert de Frankenburg.
[34] Luc
Jouret, médecin homéopathe pour la galerie était paracommando belge, engagé
volontaire lors de l’opération Kolwezi, en 1978. Il était membre du Gladio,
rémunéré par le PIO.
[35] En
1998, le général Jean Heinrich a refusé sa 5e étoile et a démissionné
des armées. Il dirige aujourd’hui la société de sécurité Géos qui emploie de
nombreux anciens du 11e Choc.
[36] The Cyprus Conspiracy. America, Espionnage and the Turkish
Invasion, Brendan O’Malley and Ian Graig, Tauris & Co éd., 2001.