Think Different

21 avril 2006

Liste des messages

Général - A Lire en Premier:
Sommes nous déja a moitié cuit ? - Aussi appelé "La Stratégie du dégradé"
Les 3 sortes de lecteurs de journaux.
- Ou pourquoi se mefier de la presse officielle

Economie :
Le Crédit Social - Changer de système economique
10 Objections au commerce équitable
Unto This Last - Commentaire sur l'économie actuelle par John Ruskin
La décroissance soutenable -
"Toute personne croyant qu'une croissance exponentielle peut durer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste."

 

Politique :
Les Juifs en Palestine - Point de vue
Les Réseaux d'ingérence US
Bilderberg
L'Etat de Grace
Allocution de Fidel du 1er Juin 2002  - Cuba avant/apres l'arrivé du Che et Fidel
Quelques exemples de terrorisme d'Etat - 1988

"La démocratie n'existe ni aux USA, ni en France" - Interview de Mme Miterrand

Ecologie :
L'internationalisation de l'Amazonie

 

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"La démocratie n'existe ni aux USA, ni en France"

"J’appris ainsi que d’être le gouvernement, être président, ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes, soumises au capitalisme

J’ai constaté que je ne pouvais pas exercer ma fonction de manière exemplaire si je ne servais pas le marché, le capitalisme. Que mon devoir n’était pas de me préoccuper des torturés ni des affamés. Que si ceux qui étaient écrasés réclamaient l’éducation, la santé ou du travail, je devais tourner la tête de l’autre côté. J’étais la « première dame » et je devais aider, avec mes sourires dans les cocktails, à ce que les intérêts commerciaux de la France progressent"

Danielle Mitterrand : "La démocratie n'existe ni aux USA, ni en France"

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02 mars 2006

Unto this last - Reflexion sur l'économie

Extrait du commentaire de Ghandi sur "Unto This Last" de John Ruskin

[...]
Parmi les désillusions qui ont affligé l'humanité à différentes périodes, la plus grande peut-être et certainement la moins honorable est l'économie moderne basée sur l'idée qu'un moyen d'action avantageux peut être déterminé en dehors de l'influence d'un caractère social.
[...]
Vous payez à salaire égal, sans humeur, les bons et les mauvais prêtres, travaillant sur votre âme, les bons et les mauvais médecins, travaillant sur votre corps ; bien mieux, vous pouvez payer à salaire égal, sans humeur, les bons et les mauvais ouvriers travaillant pour votre maison.

"Oui, mais je choisis mon médecin suivant ce que je pense de la qualité de son travail." De toutes façons, vous choisissez votre maçon. Le propre du bon ouvrier est d'être choisi. Le bon système respectant tout travail est celui où, ce travail étant payé à un salaire fixe, le bon ouvrier sera employé et le mauvais sera sans travail. Le mauvais système est celui où le mauvais ouvrier a la possibilité d'offrir son travail à moitié prix, et donc prend la place du bon ouvrier ou le force à travailler pour un salaire insuffisant.
[...]
Cinq grandes professions intellectuelles existent dans toutes les nations civilisées :

La profession du Soldat est de défendre la nation.
Celle du Prêtre est de l'instruire.
Celle du Médecin est de la garder en bonne santé.
Celle du Juge est d'y rendre la justice.
Celle du Commerçant est de la pourvoir.

Le devoir de tous ces hommes est à l'occasion de mourir pour elle. Car l'homme qui ne sait pas réellement quand mourir ne sait pas comment vivre.

Observez que la fonction du commerçant est de pourvoir la nation. Ce n'est pas plus sa fonction d'obtenir un profit pour lui-même que celle du prêtre d'obtenir son salaire. Ce salaire est un accessoire nécessaire, mais non le but de sa vie s'il est un vrai prêtre, pas plus que les honoraires sont le but de la vie d'un vrai médecin. Le profit n'est pas non plus le but de la vie d'un véritable commerçant. Pour tous les trois, si ce sont des hommes de vérité, leur travail doit être fait quel que soit leur profit - même pour rien, ou pour le contraire d'un profit.
[...]

Unto This Last, Paraphrase de Ruskin par Ghandi

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04 décembre 2005

L'internationalisation de l'Amazonie

L'internationalisation de l'Amazonie
envisagée par un ministre brésilien


          Superbe réponse du ministre brésilien de l'Education interrogé par des étudiants aux Etats-Unis...
          A faire suivre... Car la presse nord-américaine a refusé de publier ce texte.

         

Pendant un débat dans une université aux États-unis, le ministre brésilien de l'Éducation Cristovam Buarque, fut interrogé sur ce qu'il pensait au  sujet  de l'internationalisation de l'Amazonie. Le jeune étudiant américain commença sa question en affirmant qu'il espérait une réponse d'un humaniste et non d'un Brésilien.

          Voici la réponse de M. Cristovam Buarque :

        En effet, en tant que Brésilien, je m'élèverais tout simplement contre  l'internationalisation de l'Amazonie. Quelle que soit l'insuffisance de  l'attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre.

        En tant qu'humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant  dont souffre l'Amazonie, je peux imaginer que l'Amazonie soit  internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l'importance pour toute  l'humanité. Si, au nom d'une éthique humaniste, nous devions internationaliser l'Amazonie, alors nous devrions internationaliser les  réserves de pétrole du monde entier.

        Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l'humanité que  l'Amazonie l'est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des  réserves  de pétrole se sentent le droit d'augmenter ou de diminuer l'extraction de  pétrole, comme d'augmenter ou non son prix.

        De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des  pays riches. Si l'Amazonie est une réserve pour tous les hommes, elle ne  peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d'un pays.

        Brûler l'Amazonie, c'est aussi grave que le chômage provoqué par les  décisions arbitraires des spéculateurs de l'économie globale. Nous ne  pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays entiers pour  le  bon plaisir de la spéculation.

         Avant l'Amazonie, j'aimerais assister à l'internationalisation de tous les  grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la seule  France.  Chaque musée du monde est le gardien des plus belles oeuvres produites par  le génie humain. On ne peut pas laisser ce patrimoine culturel, au même  titre que le patrimoine naturel de l'Amazonie, être manipulé et détruit  selon la fantaisie d'un seul propriétaire ou d'un seul pays.

        Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d'enterrer avec lui le tableau d'un grand maître. Avant que cela n'arrive, il faudrait  internationaliser ce tableau.

        Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent le  Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des  difficultés  pour y assister, à cause de difficultés aux frontières des États-unis. Je  crois donc qu'il faudrait que New York, lieu du siège des Nations Unies, soit internationalisé. Au moins Manhattan devrait appartenir à toute  l'humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de Janeiro,  Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté particulière, et son  histoire  du monde devraient appartenir au monde entier.

        Si les États-unis veulent internationaliser l'Amazonie, à cause du risque  que fait courir le fait de la laisser entre les mains des Brésiliens,  alors  internationalisons aussi tout l'arsenal nucléaire des États-unis. Ne  serait-ce que par ce qu'ils sont capables d'utiliser de telles armes, ce  qui  provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les déplorables  incendies des forêts Brésiliennes.

        Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des  États-unis ont soutenu l'idée d'une internationalisation des réserves  florestales du monde en échange d'un effacement de la dette.

        Commençons donc par utiliser cette dette pour s'assurer que tous les  enfants  du monde aient la possibilité de manger et d'aller à l'école.

        Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu'ils naissent, comme  un patrimoine qui mérite l'attention du monde entier. Davantage encore que  l'Amazonie.  Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme  un Patrimoine de l'Humanité, ils ne les laisseront pas travailler alors qu'ils devraient aller à l'école; ils ne les laisseront pas mourir alors qu'ils devraient vivre.

          En tant qu'humaniste, j'accepte de défendre l'idée d'une  internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme un  Brésilien, je lutterai pour que l'Amazonie soit à nous. Et seulement à  nous !

                   Ce texte n'a pas été publié. Aidez-nous à le diffuser.

Iris MARCOS Documentation INSA / Département de Génie Biochimique et  Alimentaire CNRS UMR 5504 -
INRA UR 792 135, avenue de Rangueil 31077  Toulouse Cedex 4 Tél. : 05.61.55.94.08 Fax : 05.61.55.94.00

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11 novembre 2005

Le Crédit Social

Un système économique socialement équilibré, sans inflation, sans intéret... c'est ce que propose le systeme de crédit social.

 

Le site à consulter pour bien comprendre.
Avertissement : il y a beaucoup à lire sur ce site mais c'est très interressant et pas difficile à lire.

Petite histoire permettant de comprendre les problèmes de bases du système économique actuel et la proposition du crédit social :

Ce conte est de Louis Even. Je pense que d'où il est, il me pardonnera d'avoir un peu simplifié celui-ci des descriptions qui n'apportaient rien à la démonstration.

Sauvés du naufrage

Une explosion a détruit leur bateau. Cinq ont fini par se trouver réunis sur cette épave. Tout à coup, un cri a retenti: Terre! Terre là-bas, voyez ! Justement dans la direction où nous poussent les vagues!

Et à mesure que se dessine, en effet, la ligne d'un rivage, les figures s'épanouissent.
Ils sont cinq:
- François, charpentier
- Paul, cultivateur;
- Jacques, spécialisé dans l'élevage des animaux
- Henri, agronome horticulteur;
- Thomas, le prospecteur minéralogiste,

Une île providentielle

Remettre les pieds sur une terre ferme, c'est pour nos hommes un retour à la vie.
Une fois séchés, réchauffés, leur premier empressement est de faire connaissance avec cette île où ils sont jetés loin de la civilisation. Cette île qu'ils baptisent L'Ile des Naufragés.
Une rapide tournée comble leurs espoirs. L'île n'est pas un désert aride. Ils sont bien les seuls hommes à l'habiter actuellement. Mais d'autres ont dû y vivre avant eux, s'il faut en juger par les restes de troupeaux demi-sauvages qu'ils ont rencontrés ici et là. Jacques, l'éleveur, affirme qu'il pourra les améliorer et en tirer un bon rendement.
Quant au sol de l'île, Paul le trouve en grande partie fort propice à la culture. Henri y a découvert des arbres fruitiers, dont il espère pouvoir tirer grand profit.
François y a remarqué surtout les belles étendues forestières, riches en bois de toutes sortes: ce sera un jeu d'abattre des arbres et de construire des abris pour la petite colonie.
Quant à Thomas, le prospecteur, il a noté plusieurs signes indiquant un sous-sol richement minéralisé. Malgré l'absence d'outils perfectionnés, Thomas se croit assez d'initiative et de débrouillardise pour transformer le minerai en métaux utiles.
Chacun va donc pouvoir se livrer à ses occupations favorites pour le bien de tous.

Les véritables richesses

Et voilà nos hommes à l'ouvrage.
Les maisons et des meubles sortent du travail du charpentier. Les premiers temps, on s'est contenté de nourriture primitive. Mais bientôt les champs produisent et le laboureur a des récoltes.
A mesure que les saisons succèdent aux saisons, le patrimoine de l'Ile s'enrichit. I1 s'enrichit, non pas d'or ou de papier gravé, mais des véritables richesses: des choses qui nourrissent, qui habillent, qui logent, qui répondent à des besoins.
La vie n'est pas toujours aussi douce qu'ils souhaiteraient. Il leur manque bien des choses auxquelles ils étaient habitués dans la civilisation. Mais leur sort pourrait être beaucoup plus triste.
D'ailleurs, ils ont déjà connu des temps de crise. Au moins, dans l'Ile des Naufragés, personne ne les condamne à voir pourrir sous leurs yeux des choses dont ils ont besoin. Puis les taxes sont inconnues. Si le travail est dur parfois, au moins on a le droit de jouir des fruits du travail.
Somme toute, on exploite l'île, espérant qu'un jour on pourra retrouver les parents et les amis, avec deux grands biens conservés: la vie et la santé.

Un inconvénient majeur

Nos hommes se réunissent souvent pour causer de leurs affaires.
Dans le système économique très simplifié qu'ils pratiquent, une chose les géne de plus en plus: ils n'ont aucune espèce de monnaie. Le troc, l'échange direct de produits contre produits, a ses inconvénients. Les produits à échanger ne sont pas toujours en face l'un de l'autre en même temps. Ainsi, du bois livré au cultivateur en hiver ne pourra être remboursé en légumes que dans six mois.

Parfois aussi, c'est un gros article livré d'un coup par un des hommes, et il voudrait en retour différentes petites choses produites par plusieurs des autres hommes, à des époques différentes.
Tout cela complique les affaires. S'il y avait de l'argent dans la circulation, chacun vendrait ses produits aux autres pour de l'argent. Avec l'argent reçu, il achèterait des autres les choses qu'il veut, quand il les veut et qu'elles sont là.
Tous s'entendent pour reconnaître la commodité que serait un système d'argent. Mais aucun d'eux ne sait comment en établir un. Ils ont appris à produire la vraie richesse, les choses. Mais ils ne savent pas faire les signes, l'argent.
Ils ignorent comment l'argent commence, et comment le faire commencer quand il n'y en a pas et qu'on décide ensemble d'en avoir... Bien des hommes instruits seraient sans doute aussi embarrassés; tous nos gouvernements l'ont bien été pendant la période 1929 - 1939. Seul, l'argent manquait aux pays, et les gouvernements restaient paralysés devant ce problème.

Arrivée d'un réfugié

Un soir que nos hommes, assis sur le rivage, ressassent ce problème pour la centième fois, ils voient soudain approcher une chaloupe avironnée par un seul homme.
On s'empresse d'aider le nouveau naufragé. On lui offre les premiers soins et on cause..
On apprend qu'il est échappé lui aussi à un naufrage et seul survivant. Son nom: Martin Golden. Heureux d'avoir un compagnon de plus, nos cinq hommes l'accueillent avec chaleur et lui font visiter la colonie.
- Quoique perdus loin du reste du monde, lui disent-ils, nous ne sommes pas trop à plaindre. La terre rend bien; la forêt aussi. Une seule chose nous manque: nous n'avons pas de monnaie pour faciliter les échanges de nos produits.
- Bénissez le hasard qui m'amène ici! répond Martin. L'argent n'a pas de mystère pour moi. Je suis un banquier, et je puis vous installer en peu de temps un système monétaire qui vous donnera satisfaction.
Un banquier !... Un banquier !... Un ange venu tout droit du ciel n'aurait pas inspiré plus de révérence. N'est-on pas habitué, en pays civilisé, à s'incliner devant les banquiers, qui contrôlent les pulsations de la finance ?

Le dieu de la civilisation

- Monsieur Martin, puisque vous êtes banquier, vous ne travaillerez pas dans l'île. Vous allez seulement vous occuper de notre argent.
- Je m'en acquitterai avec la satisfaction, comme tout banquier, de forger la prospérité commune.
- Monsieur Martin, on vous bâtira une demeure digne de vous. En attendant, peut-on vous installer dans l'édifice qui sert à nos réunions publiques ?
- Très bien, mes amis. Mais commençons par décharger les effets de la chaloupe que j'ai pu sauver dans le naufrage: une petite presse, du papier et accessoires, et surtout un petit baril que vous traiterez avec grand soin."
On décharge le tout. Le petit baril intrigue la curiosité de nos braves gens.
- Ce baril, déclare Martin, c'est un trésor sans pareil. Il est plein d'or !"
Plein d'or ! Cinq âmes faillirent s'échapper de cinq corps. Le dieu de la civilisation entré dans l'Ile des Naufragés. Le dieu jaune, toujours caché, mais puissant, terrible, dont la présence, l'absence ou les moindres caprices peuvent décider de la vie des nations !
- De l'or ! Monsieur Martin, vrai grand banquier! Recevez nos hommages et nos serments de fidélité.
- De l'or pour tout un continent, mes amis, répondit Monsieur Martin. Mais ce n'est pas de l'or qui va circuler. Il faut cacher l'or: l'or est l'âme de tout argent sain. L'âme doit rester invisible. Je vous expliquerai tout cela en vous passant de l'argent.

Un enterrement sans témoin

Avant de se séparer pour la nuit, Martin leur pose une dernière question:
- Combien vous faudrait-il d'argent dans l'île pour commencer, pour que les échanges marchent bien ?"
On se regarde. On consulte humblement Martin lui-même. Avec les suggestions du bienveillant banquier, on convient que 200 $ pour chacun paraissent suffisants pour commencer. Rendez-vous fixé pour le lendemain soir.

Martin, lui, ne perd pas de temps. Il oublie sa fatigue pour ne penser qu'à son avenir de banquier. A la faveur du petit jour, il creuse un trou, y roule son baril, le couvre de terre, le dissimule sous des touffes d'herbe soigneusement placées, y transplante même un petit arbuste pour cacher toute trace.
Puis, il met en oeuvre sa petite presse, pour imprimer mille billets d'un dollar. En voyant les billets sortir, tout neufs, de sa presse, il songe en lui même: "Comme ils sont faciles à faire, ces billets ! Ils tirent leur valeur des produits qu'ils vont servir à acheter. Sans produits, les billets ne vaudraient rien. Mes cinq naïfs de clients ne pensent pas à cela. Ils croient que c'est l'or qui garantit les dollars. Je les tiens par leur ignorance !" Le soir venu, les cinq arrivent en courant près de Martin.

A qui ira l'argent fabriqué?

Cinq piles de billets étaient là, sur la table.
- Avant de vous distribuer cet argent, dit le banquier, il faut s'entendre. L'argent est basé sur l'or. L'or, placé dans la voûte de ma banque, est à moi. Donc, l'argent est à moi... Oh! ne soyez pas tristes. Je vais vous prêter cet argent, et vous l'emploierez à votre gré. En attendant, je ne vous charge que l'intérêt. Vu que l'argent est rare dans l'Ile, puisqu'il n'y en a pas du tout, je crois être raisonnable en demandant un petit intérêt de 8 pour cent seulement.
- En effet, monsieur Martin, vous êtes très généreux.
- Un dernier point, mes amis. Les affaires sont les affaires, même entre grands amis. Avant de toucher son argent, chacun de vous va signer ce document: c'est l'engagement par chacun de rembourser capital et intérêts, sous peine de confiscation par moi de ses propriétés. Oh ! une simple garantie. Je ne tiens pas du tout à jamais avoir vos propriétés, je me contente d'argent. Je suis sûr que vous garderez vos biens et que vous me rendrez l'argent.
- C'est plein de bon sens, monsieur Martin. Nous allons redoubler d'ardeur au travail et tout rembourser.
- C'est cela. Et revenez me voir chaque fois que vous avez des problèmes. Le banquier est le meilleur ami de tout le monde... Maintenant, voici à chacun ses deux cents dollars."
Et nos cinq hommes s'en vont ravis, les dollars plein les mains et plein la tête.

Un problème d'arithmétique

L'argent de Martin a circulé dans l'Ile. Les échanges se sont multipliés en se simplifiant. Tout le monde se réjouit et salue Martin avec respect et gratitude.
Cependant, le prospecteur, est inquiet. Ses produits sont encore sous terre. Il n'a plus que quelques piastres en poche. Comment rembourser le banquier à l'échéance qui vient?

Après s'être longtemps creusé la tête devant son problème individuel, Thomas se dit:
"Considérant la population entière de l'île, songe-t-il, sommes-nous capables de tenir nos engagements? Martin a fait une somme totale de $1000. Il nous demande au total $1080. Quand même nous prendrions ensemble tout l'argent de l'île pour le lui porter, cela ferait 1000 pas 1080. Personne n'a fait les $80 de plus. Nous faisons des choses, pas des dollars. Martin pourra donc saisir toute l'île, parce que tous ensemble, nous ne pouvons rembourser capital et intérêts.
Si ceux qui sont capables remboursent pour eux-mêmes sans se soucier des autres, quelques-uns vont tomber tout de suite, quelques autres vont survivre. Mais le tour des autres viendra et le banquier saisira tout. Il vaut mieux s'unir tout de suite et régler cette affaire collectivement."

Thomas n'a pas de peine à convaincre les autres que Martin les a dupés. On s'entend pour un rendez-vous général chez le banquier.

Bienveillance du banquier

Martin devine leur état d'âme, mais fait bon visage. L'impulsif François présente le cas:
- Comment pouvons-nous vous apporter $1080 quand il n'y a que $1000 dans toute l'ile ?
- C'est l'intérêt, mes bons amis. Est-ce que votre production n'a pas augmenté ?
- Oui, mais l'argent, lui, n'a pas augmenté. Or, c'est justement de l'argent que vous réclamez, et non pas des produits. Vous seul pouvez faire de l'argent. Or vous ne faites que $1000 et vous demandez $1080. C'est impossible!
- Attendez, mes amis. Les banquiers s'adaptent toujours aux conditions, pour le plus grand bien du public... Je ne vais vous demander que l'intérêt. Rien que $80. Vous continuerez de garder le capital.
- Vous nous remettez notre dette ?
- Non pas. Je le regrette, mais un banquier ne remet jamais une dette. Vous me devrez encore tout l'argent prêté. Mais vous ne me remettrez chaque année que l'intérêt, je ne vous presserai pas pour le remboursement du capital. Quelques-uns parmi vous peuvent devenir incapables de payer même leur intérêt, parce que l'argent va de l'un à l'autre. Mais organisez-vous en nation, et convenez d'un système d'imposition. Vous taxerez davantage ceux qui auront plus d'argent, les autres moins. Pourvu que vous m'apportiez collectivement le total de l'intérêt, je serai satisfait et votre nation se portera bien.
Nos hommes se retirent, mi calmés, mi-pensifs.

L'extase de Martin Golden

Martin est seul. Il se recueille. Il conclut: "Mon affaire est bonne. Bons travailleurs, ces hommes, mais ignorants. Leur ignorance et leur crédulité font ma force. Ils voulaient de l'argent, je leur ai passé des chaînes. Ils m'ont couvert de fleurs pendant que je les roulais Oh! grand Rothschild, je sens ton génie de banquier s'emparer de mon être. Tu l'as bien dit, illustre maître: "Qu'on m'accorde le contrôle de la monnaie d'une nation et je me fiche de qui fait ses lois". Je suis le maître de l'Ile des Naufragés, parce que je contrôle son système d'argent. Je pourrais contrôler un univers. Ce que je fais ici, je puis le faire dans le monde entier."

Et toute la structure du système bancaire rothschildien se dresse dans l'esprit ravi de Martin.

Crise de vie chère

Cependant, la situation empire dans l'Ile des Naufragés. La productivité a beau augmenter, les échanges ralentissent. Martin pompe régulièrement ses intérêts. Il faut songer à mettre de l'argent de côté pour lui. L'argent colle, il circule mal.
Ceux qui paient le plus de taxes crient contre les autres et haussent leurs prix pour trouver une compensation. Les plus pauvres, qui ne paient pas de taxes, crient contre la cherté de la vie et achètent moins.
Le moral baisse, la joie de vivre s'en va. On n'a plus de coeur à l'ouvrage. A quoi bon? Les produits se vendent mal; et quand ils se vendent, il faut donner des taxes pour Martin. On se prive.
C'est la crise. Et chacun accuse son voisin de manquer de vertu et d'être la cause de la vie chère.
Un jour, Henri, réfléchissant au milieu de ses vergers, conclut que le "progrès" apporté par le système monétaire du banquier a tout gâté dans l'Ile. Assurément, les cinq hommes ont leurs défauts; mais le système de Martin nourrit tout ce qu'il y a de plus mauvais dans la nature humaine.
Henri décide de convaincre et rallier ses compagnons. Ils commence par Jacques. C'est vite fait: "Eh ! dit Jacques, je ne suis pas savant, moi; mais il y a longtemps que je le sens: le système de ce banquier-là est plus pourri que le fumier de mon étable du printemps dernier !"
Tous sont gagnés l'un après l'autre, et une nouvelle entrevue avec Martin est décidée.

Chez le forgeur de chaînes

Ce fut une tempête chez le banquier:
- L'argent est rare dans l'île, monsieur, parce que vous nous l'ôtez. On vous paie, on vous paie, et on vous doit encore autant qu'au commencement. On travaille, on fait de plus belles terres, et nous voilà plus mal pris qu'avant votre arrivée.!
- Allons, mes amis, raisonnons un peu. Si vos terres sont plus belles, c'est grâce à moi. Un bon système bancaire est le plus bel actif d'un pays. Mais pour en profiter, il faut garder avant tout la confiance dans le banquier. Venez à moi comme à un père... Vous voulez d'autre argent ? Très bien. Mon baril d'or vaut bien des fois mille dollars... Tenez, je vais hypothéquer vos nouvelles propriétés et vous prêter un autre mille dollars tout de suite.
- Deux fois plus de dette ? Deux fois plus d'intérêt à payer tous les ans, sans jamais finir?
- Oui, mais je vous en prêterai encore, tant que vous augmenterez votre richesse foncière; et vous ne me rendrez jamais que l'intérêt. Vous empilerez les emprunts; vous appellerez cela dette consolidée. Dette qui pourra grossir d'année en année. Mais votre revenu aussi. Grâce à mes prêts, vous développerez votre pays.
- Alors, plus notre travail fera l'île produire, plus notre dette totale augmentera ?
- Comme dans tous les pays civilisés. La dette publique est un baromètre de la prospérité.

Le loup mange les agneaux

- C'est cela que vous appelez monnaie saine, monsieur Martin ? Une dette nationale devenue nécessaire et impayable, ce n'est pas sain, c'est malsain.
- Messieurs, toute monnaie saine doit être basée sur l'or et sortir de la banque à l'état de dette. La dette nationale est une bonne chose: elle place; les gouvernements sous la sagesse incarnée dans les banquiers. A titre de banquier, je suis un flambeau de civilisation dans votre île.
- Monsieur Martin, nous ne sommes que des ignorants, mais nous ne voulons point de cette civilisation-là ici. Nous n'emprunterons plus un seul sou de vous. Monnaie saine ou pas saine, nous ne voulons plus faire affaire avec vous.
- Je regrette cette décision maladroite, messieurs. Mais si vous rompez avec moi, j'ai vos signatures. Remboursez-moi immédiatement tout, capital et intérêts.
- Mais c'est impossible, monsieur. Quand même on vous donnerait tout l'argent de l'île, on ne serait pas quitte.
- Je n'y puis rien. Avez-vous signé, oui ou non? Oui? Eh bien, en vertu de la sainteté des contrats, je saisis toutes vos propriétés gagées, tel que convenu entre nous, au temps où vous étiez si contents de m'avoir. Vous ne voulez pas servir de bon gré la puissance suprême de l'argent, vous la servirez de force. Vous continuerez à exploiter l'Ile, mais pour moi et à mes conditions. Allez. Je vous passerai mes ordres demain.

Le contrôle des journaux

Comme Rothschild, Martin sait que celui qui contrôle le système d'argent d'une nation contrôle cette nation. Mais il sait aussi que, pour maintenir ce contrôle, il faut entretenir le peuple dans l'ignorance et l'amuser avec autre chose.
Martin a remarqué que, sur les cinq insulaires, deux sont conservateurs et trois sont libéraux. Cela paraît dans les conversations des cinq, le soir, surtout depuis qu'ils sont devenus ses esclaves. On se chicane entre bleus et rouges.
De temps en temps, Henri, moins partisan, suggère une force dans le peuple pour faire pression sur les gouvernants... Force dangereuse pour toute dictature.
Martin va donc s'appliquer à envenimer leurs discordes politiques le plus possible.
Il se sert de sa petite presse et fait paraître deux  feuilles hebdomadaires: "Le Soleil", pour les rouges; "L'Étoile", pour les bleus. "Le Soleil" dit en substance: Si vous n'êtes plus les maîtres chez vous, c'est à cause de ces arriérés de bleus, toujours collés aux gros intérêts.
"L'Étoile" dit en substance: Votre dette nationale est l'oeuvre des maudits rouges, toujours prêts aux aventures politiques.
Et nos deux groupements politiques se chamaillent de plus belle, oubliant le véritable forgeur de chaînes, le contrôleur de l'argent, Martin.

Une épave précieuse

Un jour, Thomas, le prospecteur, découvre, échouée au fond d'une anse, au bout de l'ile et voilée par de hautes herbes, une chaloupe de sauvetage, sans rame, qui ne contient qu'une caisse assez bien conservée.
Il ouvre la caisse: outre du linge et quelques menus effets, son attention s'arrête sur un livre-album en assez bon état, intitulé: Première année de Vers Demain
Curieux, notre homme s'assied et ouvre ce volume. Il lit. Il dévore. Il s'illumine:
"Mais, s'écrie-t-il, voilà ce qu'on aurait dû savoir depuis longtemps: L'argent ne tire nullement sa valeur de l'or, mais des produits que l'argent achète. L'argent peut être une simple comptabilité, les crédits passant d'un compte à l'autre selon les achats et les ventes. Le total de l'argent doit être en rapport avec le total de la production. A toute augmentation de production, doit correspondre une augmentation équivalente d'argent... Jamais d'intérêt à payer sur l'argent naissant... Le progrès représenté, non pas par une dette publique, mais par un dividende égal à chacun... Les prix, ajustés au pouvoir d'achat par un coefficient des prix... Le Crédit Social..."
Thomas n'y tient plus. Il se lève et court, avec son livre, faire part de sa splendide découverte à ses quatre compagnons.

L'argent, simple comptabilité

Et Thomas s'installe professeur:
- Voici, dit-il, ce qu'on aurait pu faire, sans le banquier, sans or, sans signer aucune dette. J'ouvre un compte au nom de chacun de vous. A droite, les crédits, ce qui ajoute au compte; à gauche, les débits, ce qui le diminue.
On voulait chacun $200 pour commencer. D'un commun accord, décidons d'écrire $200 au crédit de chacun. Chacun a tout de suite $200. François achète des produits de Paul, pour $10. Je retranche 10 à François, il lui reste 190. J'ajoute 10 à Paul, il a maintenant 210. Jacques achète de Paul pour $8. Je retranche 8 à Jacques, il garde 192. Paul, lui, monte à 218. Paul achète du bois de François, pour $15. Je retranche 15 à Paul, il garde 203; j'ajoute 15 à François, il remonte à 205.
Et ainsi de suite; d'un compte à l'autre, tout comme des billets en papier vont d'une poche à l'autre.
Si l'un de nous a besoin d'argent pour augmenter sa production, on lui ouvre le crédit nécessaire, sans intérêt. Il rembourse le crédit une fois la production vendue. Même chose pour les travaux publics.
On augmente aussi, périodiquement, les comptes de chacun d'une somme additionnelle, sans rien ôter à personne, en correspondance de la création globale de biens et services. C'est le dividende national: l'argent est ainsi un instrument de service.

Désespoir du banquier

Tous ont compris. La petite nation est devenue créditiste. Le lendemain, le banquier Martin reçoit une lettre signée des cinq:
"Monsieur, vous nous avez endettés et exploités sans aucune nécessité. Nous n'avons plus besoin de vous pour régir notre système d'argent. Nous aurons désormais tout l'argent qu'il nous faut, sans or, sans dette, sans voleur. Nous établissons immédiatement dans l'Ile des Naufragés le système du Crédit Social. Le dividende national remplacera la dette nationale. Si vous tenez à votre remboursement, nous pouvons vous remettre tout l'argent que vous avez fait pour nous, pas plus. Vous ne pouvez réclamer ce que vous n'avez pas fait."

Martin est au désespoir. C'est son empire qui s'écroule. Les cinq devenus créditistes, plus de mystère d'argent ou de crédit pour eux.  "Que faire? Leur demander pardon, devenir comme l'un d'eux ? Moi, banquier, faire cela ?... Non. Je vais plutôt essayer de me passer d'eux et de vivre à l'écart.

Supercherie mise à jour

Pour se protéger contre toute réclamation future possible, nos hommes ont décidé de faire signer au banquier un document attestant qu'il possède encore tout ce qu'il avait en venant dans l'île. D'où l'inventaire général: la chaloupe, la petite presse et... le fameux baril d'or.
Il a fallu que Martin indique l'endroit, et l'on déterre le baril. Nos hommes le sortent du trou avec beaucoup moins de respect cette fois. Le Crédit Social leur a appris à mépriser le fétiche or.

Le prospecteur, en soulevant le baril, trouve que pour de l'or, il ne pèse pas beaucoup: "Je doute fort que ce baril soit plein d'or", dit-il.
Un coup de hache et le baril étale son contenu: d'or, pas une once ! Des roches - rien que de vulgaires roches sans valeur !...
Nos hommes n'en reviennent pas:
- Dire qu'il nous a mystifiés à ce point-là, le misérable ! A-t-il fallu être gogos, aussi, pour tomber en extase devant le seul mot OR !
- Dire que nous lui avons gagé toutes nos propriétés pour des bouts de papier basés sur quatre pelletées de roches ! Voleur doublé de menteur !
- Dire que nous nous sommes boudés et haïs les uns les autres pendant des mois et des mois pour une supercherie pareille ! Le démon !"
A peine François avait-il levé sa hache que le banquier partait à toutes jambes vers la forêt.

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10 novembre 2005

Les réseaux d’ingérence américains

(GIF) Chargés d’instruire les affaires du crash d’un avion militaire secret, en 1973, à Maghera, et celle d’un attentat à la voiture piégée, à Paetano, les juges vénitiens Felice Casson et Carlo Mastelloni recueillent des témoignages et des documents tendant à prouver qu’un gouvernement secret contrôlerait l’Italie dans l’ombre des institutions officielles. Alors qu’ils convoquent en leur cabinet plusieurs dirigeants politiques du pays, le président du Conseil, Giulio Andreotti, rend publique le 27 octobre 1990 une déclaration authentifiant l’existence d’une telle superstructure, le Gladio : « Après la Seconde Guerre mondiale, la peur de l’expansionnisme soviétique et l’infériorité des forces de l’OTAN par rapport au Kominform conduisirent les nations d’Europe de l’Ouest à envisager de nouvelles formes de défense non conventionnelles, créant sur leur territoire un réseau occulte de résistance destiné à œuvrer en cas d’occupation ennemie, à travers le recueil d’informations, le sabotage, la propagande, la guérilla [...] À la lumière des événements récents et significatifs qui ont bouleversé l’Europe de l’Est, le gouvernement s’impose de revoir toutes les dispositions en matière de guerre non orthodoxe et de promouvoir toute initiative propre à vérifier, tant sur le plan politique que sur celui de la technique militaire, l’actuelle utilité et la validité des systèmes de protection du territoire national ».

Les révélations fracassantes de Giulio Andreotti débouchèrent sur une pénible question : tout au long de la guerre froide, les démocraties occidentales ont-elles été manipulées par les services spéciaux de l’Alliance atlantique, au point que la démocratie elle-même n’aurait été qu’un simulacre ? Pour y répondre, des commissions d’enquête parlementaires ont été constituées en Italie [1], en Suisse [2] et en Belgique [3]. Le résultat de ces investigations [4] est si pénible que d’autres États, comme la France, ont préféré s’enfoncer dans la dénégation.

L’existence des stay-behind était pourtant un secret de polichinelle. En 1952, la presse allemande avait révélé les activités d’un groupe d’extrême droite, le Bundesdeutscherjungend, dont les militants, armés par les services secrets de l’Alliance atlantique, préparaient l’assassinat des principaux leaders de la gauche en cas d’invasion soviétique. L’Alliance entendait ainsi prévenir la constitution d’un gouvernement fantoche imposé par l’Armée rouge.

Le réseau stay-behind est mentionné, en 1976, dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire américaine sur la CIA présidée par le sénateur Frank Church [5]. Des informations plus précises ont été rendues publiques, en 1978, par l’ex-chef des stay-behind et ex-patron de la CIA, William Colby, dans son autobiograhie [6]. De nombreux détails ont été publiés, en 1982, par le colonel Alfred H. Paddock [7], ancien commandant du 4e Groupe d’action psychologique. Toujours en 1982, l’enquêteur du Bureau des investigations spéciales [8], John Loftus, a révélé les conditions de recrutement des stay-behind parmi les agents nazis. Le journaliste et historien Gianni Flamini a décrit leur action en Italie dans son monumental ouvrage [9] (1981 à 1984). Enfin, la redéfinition des actions du stay-behind a été officiellement analysée lors d’un colloque organisé, en 1988, par l’US National Strategy Information Center [10].

Aussi abondante qu’elle soit, cette documentation reste parcellaire et donne une image biaisée du système. Des documents du département d’État américain, ultérieurement déclassifiés et publiés, la complètent utilement et font apparaître un dispositif global d’ingérence dans la vie démocratique des États alliés bien plus large que les seuls stay-behind.

Retracer la formation et l’histoire du plus secret des services secrets n’offre pas seulement un intérêt rétrospectif pour la face cachée de la politique occidentale depuis 1947. Ce service, dont l’existence n’a été reconnue que pour affirmer qu’il appartenait au passé, ne serait-il pas toujours actif ? Alors qu’il était censé n’avoir jamais existé, il a officiellement été dissous trois fois : d’abord en 1952, puis en 1973, enfin en 1990. Et, s’il est toujours actif, manipulant en sous-main les institutions publiques, les démocraties occidentales ne sont-elles que des leurres ?

La création du stay-behind

Pour répondre à ces questions, un retour historique s’impose. Dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, un service de contre-espionnage américain, la branche X2 de l’OSS (Office of Strategic Services), fut chargé de localiser les agents nazis restés sur place après le repli de la Wehrmacht : les « stay-behind ». Plutôt que de les arrêter et de les fusiller, James Jesus Angleton, patron du X2, et le général William J. Donovan, directeur de l’OSS, décidèrent d’en retourner le plus grand nombre et de les enrôler en vue de la Guerre mondiale suivante, celle qui opposerait le « monde libre » au « péril communiste » [11]. Il fallait faire vite, avant que les mouvements de résistance n’identifient eux aussi les stay-behind et ne les épurent.

Cette opération débuta en Italie avec le retournement du chef des escadrons de la mort (Decima Mas), le prince Valerio Borghese, qui révéla les noms de ses agents pour les sauver. Puis elle fut conduite dans tous les territoires anciennement occupés par le Reich. Ainsi, les stay-behind français furent identifiés et recrutés après le retournement du secrétaire général de la police, René Bousquet. À la capitulation de l’Axe, l’opération fut étendue à l’Allemagne elle-même jusqu’à retourner le général Reinhard Gehlen, ex-chef du service secret de la Wehrmacht sur le front de l’Est. Après dix mois de « traitement » aux États-Unis par Frank G. Wisner, Gehlen fut amnistié et se vit confier la création et la direction du Bundesnachrichtendienst (BND), le service secret de l’Allemagne fédérale [12]. L’opération fut planifiée par Allan Dulles, alors chef de poste de l’OSS à Berne. Il s’appuya sur les contacts informels qu’il avait eus, depuis la mi-1942, avec deux tendances du parti nazi en vue de conclure une paix séparée [13]. Les agents nazis, fascistes et oustachis, dont les fonctions étaient publiques ne pouvaient être réemployés en Europe. Ils furent donc déplacés en Amérique latine où ils pouvaient être utilisés. Leur exfiltration fut réalisée par le Saint-Siège, qui partageait leur logique, sous la responsabilité de Mgr Giovanni Battista Montini [14]. En France, le tri des agents de nationalité allemande fut opéré au camp d’internement du Coudray-Morancez (Eure-et-Loir), sous le couvert du séminaire de l’abbé Franz Stock [15].

En 1946, le président Harry S. Truman s’attela à la reconversion de l’économie et des institutions de guerre américaines. Prenant acte des difficultés que son pays avait rencontrées pendant la Seconde Guerre mondiale, il décida de doter les États-Unis d’une industrie de guerre et de services secrets permanents. Cette décision était légitime au regard de l’improvisation dans laquelle son pays s’était trouvé pendant le conflit, elle révélait aussi la difficulté de reconvertir l’énorme machine de guerre américaine à l’économie de paix. Truman dut faire face à de vives oppositions politiques, des deux bords, pour faire entériner sa décision. Selon les préconisations du général William J. Donovan, directeur de l’OSS, la nouvelle Agence centrale de renseignements (CIA) devait se substituer partiellement aux services de la Marine, de l’Armée de terre, et du Secrétariat d’État. Elle ne devait pas se contenter de recueillir des renseignements, mais devait aussi pouvoir agir à l’étranger, en violation de la souveraineté des États. Si Truman valida la première proposition, il renonça à la seconde. Officiellement, le National Security Act, validé par le Congrès en 1947, pérennise en temps de paix un dispositif militaire général qui comprend une agence de renseignements extérieurs, la CIA, dénuée de toute compétence pour conduire des « opérations spéciales ». L’Organisation Gehlen en Allemagne et le réseau stay-behind dans toute l’Europe n’avaient donc plus de raison d’être et auraient dû être démantelés.

Néanmoins, à l’occasion de débats sur les conditions d’occupation de l’Allemagne vaincue, la conférence des ministres des Affaires étrangères à Moscou montra qu’il était impossible aux pays tiers de ne pas se positionner dans le conflit USA-URSS. La première, la France choisit son camp, celui des Anglo-Américains. C’était le début d’une guerre non déclarée et sans opérations militaires conventionnelles, la guerre « froide ». Revenant illégalement sur la décision du Congrès, Harry S. Truman institua en secret un nouveau service pour conduire des opérations de guerre en temps de paix. L’Organisation Gehlen et le réseau stay-behind en fournirent immédiatement les fondements.

La seule base juridique des opérations spéciales est la National Security Council Directive on Office of Special Projects (NSC 10/2) du 18 juin 1948. Classée top secret, elle n’a été rendue publique que cinquante ans plus tard [16]. Cette directive stipule que les opérations du réseau seront planifiées et conduites sous l’autorité d’un Bureau administrativement rattaché à la CIA et, en temps de guerre, en coordination avec l’état-major. Le chef de ce bureau est nommé par le secrétaire d’État, agréé par le directeur de la CIA, puis confirmé par le Conseil national de sécurité. Initialement, ce Bureau disposait d’une autonomie complète et n’était rattaché à la CIA que pour bénéficier d’un financement légal. En cas de désaccord entre le Bureau d’une part, et directeur de la CIA d’autre part, ou le Secrétaire d’État, ou encore le Secrétaire à la Défense, le litige ne pouvait être tranché que par le Conseil national de sécurité. Chaque autorité concernée devait désigner un officier de liaison auprès du Bureau et lui transmettre toute information requise, de sorte que le secret de l’existence même du Bureau fut conservé. La compétence du Bureau est ainsi définie : « Toutes activités, conduites ou favorisées par le Gouvernement contre des États ou des groupes hostiles, ou de soutien d’États ou de groupes amis, mais qui sont planifiées et exécutées de sorte que la responsabilité d’aucun Gouvernement [successif] des États-Unis ne puisse apparaître aux personnes non-autorisées, ou que, si elles sont découvertes, le Gouvernement des États-Unis puisse en dénier plausiblement la responsabilité. Précisément, de telles opérations comprennent toute activité secrète en relation avec : la propagande ; la guerre économique ; l’action préventive directe, incluant le sabotage, l’anti-sabotage, les mesures de destruction et d’exfiltration ; la subversion d’États hostiles, incluant l’assistance aux mouvements de résistance, aux guérillas locales et aux groupes de libération en exil ; et le soutien aux éléments anticommunistes locaux dans les États menacés du monde libre. Ces opérations ne comprennent pas les conflits armés conduits par des forces militaires reconnues, l’espionnage, le contre-espionnage, la couverture ou la tromperie pour des opérations militaires ».

L’organisation interne du réseau a été définie dans un mémorandum secret, rédigé par le premier directeur du Bureau à l’attention du directeur de la CIA [17]. Il est divisé en cinq groupes fonctionnels :
- le Groupe de guerre psychologique (presse, radio, rumeurs, etc.) ;
- le Groupe de guerre politique (aide à la résistance dans les États communistes, aide aux mouvements en exil, aide aux mouvements anticommunistes dans les pays libres, encouragement aux transfuges) ;
- le Groupe de guerre économique (empêchement d’achat de fournitures, manipulation des marchés, marché noir, spéculation sur les monnaies, contrefaçon, etc.) ;
- le Groupe d’action directe préventive (aide aux guérillas, sabotage, contre-sabotage, destruction, exfiltration, stay-behind) ;
- le Groupe « divers ».

Pour Truman et son équipe, la nouvelle guerre n’est pas de type conventionnel et n’oppose pas les États-Unis à l’URSS, mais elle est politique, économique et psychologique et oppose l’Occident au communisme. L’intérêt des États-Unis devient la défense des valeurs de ses « pères fondateurs » [18], donnant ainsi une dimension religieuse, sinon mystique, à la guerre froide. Tous les moyens doivent être mobilisés pour que les Occidentaux se reconnaissent dans le camp américain, s’identifient au « monde libre », se préparent à se sacrifier pour lui.

Le stay-behind n’est qu’une arme particulière dans cette croisade. L’expression « stay-behind » était utilisée par les services britanniques pour désigner ses agents restés en arrière de la ligne de front. Ils pouvaient avoir pour mission d’organiser une résistance locale en bénéficiant du parachutage d’armes et de moyens de transmission. Pendant la guerre froide, l’idée de ne pas attendre une occupation soviétique de l’Europe occidentale pour y préparer l’infrastructure de réseaux de résistance parut logique. De même l’idée de recruter, pour un réseau atlantiste de ce type, des anticommunistes habitués à l’action secrète allait de soi. Outre les agents nazis retournés par l’OSS, Carmel Offie continua à recruter des personnels dans les milieux d’extrême droite pour la nouvelle structure américaine. Concernant la faction ultramontaine [19] des catholiques, les Anglo-Américains passèrent un accord global avec le Saint-Siège par l’entremise du cardinal Francis Spellman.

Développement du stay-behind

Si les stay-behind avaient pour seule finalité de préparer la résistance en cas d’occupation, chaque État aurait pu s’en doter, de sa propre initiative et sous sa seule autorité. Mais dans la mesure où l’on considérait que les communistes occupaient déjà partiellement, sur le plan idéologique tout au moins, l’Europe occidentale, il devenait indispensable que les stay-behind échappent à des gouvernements dans lesquels l’ennemi pouvait entrer par la voie électorale à tout moment.

Forts de ce raisonnement, des accords tripartites furent signés entre les États-Unis, le Royaume-Uni et chacun de leurs alliés autorisant Washington à agir sur leurs territoires à leur insu, de manière à les défendre face à l’infiltration communiste.

En 1949, les premiers accords furent intégrés dans un système multilatéral incluant la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, la France et le Royaume-Uni. Il était géré par le Comité clandestin de l’Union occidentale (CCUO). Suite à la signature du Traité de l’Atlantique-Nord, ce système fut ouvert à de nouveaux États, et plus tard encore à des États neutres géographiquement situés aux marges de l’OTAN. Le CCUO devint alors le Comité clandestin de planification (CPC, Clandestine Planning Committee) puis, en 1958, le Comité allié de coordination (ACC, Allied Coordination Committee).

Le fondement juridique de ce dispositif est fourni par des protocoles secrets du Traité de l’Atlantique-Nord. Il n’est pas intégré pour autant à l’Organisation du Traité (OTAN), de sorte que le retrait français de l’OTAN (1966-95) n’a nullement impliqué son retrait du dispositif. La supervision du CCUO-CPC-ACC est assurée par les Anglo-Américains qui se sont réparti des zones d’influence : aux Britanniques le Benelux et la péninsule ibérique, aux Américains, tout le reste. La présidence du Comité est « tournante », elle revient à tour de rôle à chaque État membre.

Selon le colonel Oswald Le Winter, ancien officier traitant du Gladio au sein de la CIA, les protocoles additionnels du Traité de l’Altantique-Nord stipulent notamment que les États membres renoncent à poursuivre les agissements de groupes d’extrême droite lorsque ceux-ci sont utilisés pour les besoins du service. Ces documents auraient été signés pour la France par Robert Schuman, alors président du Conseil.

Aux États-Unis, ce service secret fut initialement dénommé Bureau pour la coordination politique (OPC). Son premier directeur fut Frank G. Wisner [20]. Il a été choisi par le secrétaire d’État, le général George Marshall, sur une liste [21] de six noms établie par son conseiller George F. Keenan en relation avec Allan Dulles. Irving Brown, représentant du syndicat AFL-CIO à Paris, et Norris Chapman, diplomate en poste à Paris, y figurent. Décrivant cette période, William Colby écrit : « Débordant de dynamisme et d’intelligence, Wisner ne ménagea pas sa peine et, en quelques mois, faisant largement appel à ses anciens collègues de l’OSS, mit sur pied, dans le monde entier, une espèce de nouvel ordre des Templiers, chargé de défendre la liberté occidentale contre l’obscurantisme communiste... et la guerre ».

Au début des années cinquante, le général Walter B. Smith, nouvellement nommé directeur de la CIA, exigea que le Bureau ne soit pas seulement administrativement rattaché à l’Agence, mais qu’il soit subordonné à son autorité. Il finit par obtenir sa fusion avec la Direction de la planification de l’Agence, en août 1952. Les autorités américaines admirent à cette occasion que l’OPC avait existé et prétendirent qu’elles venaient de le dissoudre. Elles ne pouvaient en effet reconnaître la fusion puisque les activités de l’ex-OPC restaient illégales. Le général Smith s’adjoignit le concours d’Allan Dulles, ex-chef de l’OSS et frère du secrétaire d’État John F. Dulles.

En contrepartie de sa perte d’indépendance, Frank G. Wisner disposa de moyens accrus, notamment d’un Centre de guerre psychologique, installé à Fort Bragg sous le commandement du major-général Robert A. McClure. Ce Psychological Warfare Center prit ultérieurement le nom de Special Warfare School (1956-68), puis d’Institute for Military Assistance (1969-83), et enfin de John F. Kennedy Special Warfare Center and School (depuis 1983). Fort Bragg est devenu l’une des plus importantes bases militaires dans le monde. C’est là que stationnent les unités spéciales, les « bérets verts ».

Selon le rapport Church, le réseau disposait déjà, en 1952, de trois mille collaborateurs, de quarante-sept postes à l’étranger et d’un budget annuel de deux cents millions de dollars. Wisner a toujours revendiqué comme exploits de son service la création de syndicats non communistes en Europe (1947-50), le renversement de Mossadegh en Iran (1953) et celui de Jacopo Arbenz au Guatemala (1954). Des opérations moins probantes ont été conduites en Albanie, en Ukraine, en Pologne et en Corée [22]. L’OPC étendait donc ses activités hors d’Europe.

En 1958, Richard M. Bissell succéda à Frank G. Wisner. Puis, Richard M. Helms, Desmond Fritzgerald, Thomas H. Karamessines et William E. Colby.

Depuis 1968, le Comité de liaison (CCUO-CPC-ACC) a été renforcé, selon une articulation et des modalités obscures, par une réunion annuelle de contact des services secrets européens, le Club de Berne.

En mars 1973, le dispositif fut à nouveau remodelé et la Direction prit sa dénomination actuelle de Direction des opérations. Elle fut dirigée par William Nelson, puis William Wells, John N. McMahon, Max C. Hugel, John H. Stein, Clair E. George, Richard F. Stolz. C’est dans cette période que les activités du stay-behind furent renforcées en Amérique latine. Une coordination des services argentins, boliviens, chiliens, etc. est mise sur place pour terroriser et éliminer les leaders des oppositions. Cette coordination peut compter sur le soutien des stay-behind espagnols, français, portugais, etc. pour espionner et assassiner ceux qui s’enfuient en Europe. C’est l’opération Condor, dont la direction opérationnelle est confiée à Klaus Barbie. Les responsables militaires latino-américains du stay-behind furent formés à l’US School of Americas de Fort Benning (Géorgie), devenue en 2001 Western Hemispheric Institute for Security Cooperation (WHISC) par des professeurs provenant de Fort Bragg. L’École des Amériques a été vivement critiquée après la publication de ses manuels internes et la révélation des cours de torture qui y étaient prodigués.

Simultanément, le stay-behind met en place une organisation internationale politico-militaire, la loge Propaganda Due (P2), régulièrement affiliée au Grand Orient d’Italie. Elle sert d’instrument privilégié pour articuler guerre politique et opérations spéciales. Licio Gelli, le grand-maître de la P2, avait été l’officier fasciste de liaison entre l’X2 de l’OSS et la Decima Mas du prince Valerio Borghese lors de la constitution du stay-behind en Italie. Son association réunissait plusieurs milliers de personnalités du monde de la politique, des armées, de la finance, de l’Église et des arts, dont neuf cent vingt-trois Italiens. Gelli était devenu un personnage central du dispositif atlantiste au point de figurer comme invité spécial aux cérémonies d’investiture de Bush, Carter et Reagan. La P2 établissait un pont entre les stay-behind et les agents des autres groupes du dispositif. Elle a été dissoute et ses membres font l’objet de diverses poursuites judiciaires aussi bien pour leur implication dans des tentatives de coups d’État que pour leur rôle dans la faillite du Banco Ambrosiano. Seules les listes des membres italiens et argentins de la loge ont été publiées.

Selon nos informations, la loge P2 a été reconstituée sous le couvert d’une ONG suisse de jumelage de communes dans le monde. Cette association disposant d’un statut consultatif auprès des Nations Unies, le fils de Licio Gelli, qui en assure la présidence, a pu participer à la dernière assemblée générale de l’ONU.

En 1986, les armes du Gladio, enfouies dans des conteneurs disséminés dans toute l’Europe, furent remplacées. Le réseau fut doté du matériel de transmission crypté le plus sophistiqué, le Harpoon. Ces acquisitions furent facturées par les Américains à chaque État membre.

En 1990, éclata en Italie le scandale du Gladio. Officiellement les stay-behind furent dissous partout en Europe. En réalité, ils continuèrent à fonctionner sans rien changer, sous le commandement de Thomas A. Twetten, puis de David Cohen.

Actuellement, le « Maître plan » du Pentagone prévoit de séparer à moyen terme les activités de guerre politique, économique et psychologique, des opérations spéciales. De la sorte, les militaires ne seraient plus cantonnés à des opérations commandos, mais pourraient s’investir massivement dans la guerre spéciale, qui reste en temps de paix sous contrôle du Département d’État. Il semble néanmoins que cette restructuration soit difficile à mettre en œuvre.

En outre, le développement d’une formation aux Affaires civiles à Fort Bragg a pour objet de préparer des personnels aptes à administrer des territoires occupés, dans le cadre de missions de maintien de la paix, et à y maximiser l’influence américaine [23].

Le stay-behind français

(JPEG)

Les dirigeants internationaux de l’AFL-CIO

A droite, Irwing Brown (1911-1989), responsable du stay-behind pour les milieux de gauche et étudiants en Europe. Il se vantait d’avoir financé aussi bien l’UNI que la MNEF et d’avoir formé personnellement Jean-Christophe Cambadélis et Lionel Jospin.

Pour ce qui concerne la France, en 1947, James J. Angleton prit contact avec Henri Ribière, le patron du SDECE. Ribière, qui revenait de déportation, étant malade, c’est son adjoint, le colonel Pierre Fourcaud, qui transmit la proposition au premier président du Conseil de la IVe République, Paul Ramadier, qui l’accepta. Le 4 mai, Ramadier renvoya les ministres communistes de son cabinet, puis il autorisa le ministre des Affaires étrangères, Georges Bidault, à négocier un accord militaire secret avec les États-Unis. Des discussions furent conduites par le général Pierre Billote et le général George Marshall, de décembre 1947 à mai 1948, dans un fort près de New York.

Selon les accords conclus, seul le président du Conseil est tenu informé de l’activation du « stay-behind » local, d’abord dénommé « Mission 48 », puis « Arc-en-ciel » [24]. Il peut se faire communiquer les noms des agents opérant sur son territoireen envoyant un émissaire consulter la liste mise à jour à son attention au siège de la CIA américaine ou de l’Intelligence Service britannique. Le réseau comprend une cellule occulteauseindes principaux services militaires officiels (Sécurité militaire, services extérieurs, etc.) et civils (Renseignements généraux, Secrétariat général de la Défense nationale, etc.). Ainsi, lors de la création du stay-behind, le service 259/7 du SDECE, dirigé par Jacques Locquin, reçoit comme instruction de préparer l’exfiltration du gouvernement vers l’Afrique du Nord en cas d’invasion soviétique. De même, le chef des forces françaises d’occupation en Allemagne, le général d’armée Pierre Kœnig, est chargé de mettre en place des nœuds d’interception le long des axes potentiels de pénétration de l’Armée rouge.

Les agents sont recrutés sur le double critère de la compétence et de l’anticommunisme. Compte tenu des réseaux cagoulards [25] du colonel Pierre Fourcaud, il peut s’agir aussi bien d’anciens résistants que d’anciens agents nazis retournés et recyclés. Ils peuvent recevoir une formation commando au sein de la 11e Brigade parachutiste de choc à Cercottes (Loiret). Cette unité est constituée par le capitaine Paul Aussaresses. Selon la hiérarchie officielle, elle dépend du service Action des services secrets extérieurs (SDECE) placé sous le commandement du colonel Jacques Morlanne [26] mais, selon la hiérarchie occulte, elle dépend de l’OTAN par l’entremise du lieutenant-colonel Jacques Foccart. Éventuellement, à partir de 1952, les agents peuvent recevoir une formation complémentaire en guerre psychologique au Psychological Warfare Center de la CIA à Fort Bragg (Caroline du Nord). Une cellule du stay-behind, liée au SDECE, le « Brain Trust Action », est subordonnée à l’« Executive Action » de la CIA, pour exécuter des meurtres politiques. Pour permettre à des civils de se former au 11e Choc, le ministre des Anciens combattants, François Mitterrand, autorise l’utilisation de l’Association des réservistes volontaires parachutistes (ARVP). Et pour faciliter leur disponibilité, les Américains proposent des emplois de couverture. Par exemple, deux responsables régionaux du stay-behind, Gilbert Beaujolin et François Durand de Grossouvre (alias « Monsieur Leduc »), créent une société commerciale qui bénéficie aussitôt de la concession exclusive d’embouteillage de Coca-Cola [27].

Des cellules du réseau sont installées à l’abri de structures acquises à la lutte anticommuniste. Ainsi le groupe de l’ex-milicien Paul Touvier se trouve-t-il organisé au sein d’un ordre secret de chevalerie, la Militia Sanctæ Mariæ ; celui d’André Voisin au sein de l’association Réconciliation française ; ou celui de Roger Patrice-Pelat à l’intérieur d’une société ésotérique, l’Ordre du Prieuré de Sion. Ces cellules peuvent être rattachées à divers organismes de l’OTAN. En général, elles obéissent au CCUO-CPC-ACC, mais elles peuvent aussi être directement subordonnées au Supreme Headquarter Allied Powers Europe (SHAPE).

En 1947, l’OPC fut impliqué dans le Plan Bleu, une tentative de libération des épurés emprisonnés à Fresnes et de renversement de la République au profit de l’amiral Paul Auphan. L’affaire ayant avorté avant d’être lancée, John Foster Dulles rencontra discrètement le général De Gaulle, en décembre, afin d’envisager avec lui une opération de ce type si les communistes gagnaient les élections. À la même période, c’est par le biais d’Irwing Brown [28] et de Carmel Offie [29] que l’OPC provoqua la scission de la CGT et la création de Force ouvrière, ainsi que l’instrumentalisation d’une dissidence trotskiste contre les communistes orthodoxes. En 1958, le Bureau organisa l’accession au pouvoir de De Gaulle. Mais c’est encore le Bureau qui, en 1961, songea à remplacer De Gaulle par un autre général et encouragea le putsch des généraux d’Alger.

À l’initiative du major belge, J-M. Bougerol et du baron Benoît de Bonvoisin [30], le Bureau a utilisé comme couverture plusieurs associations sectaires [31]. Elles étaient toutes financées par l’entremise du Public Information Office (PIO) [32] de l’OTAN à Bruxelles. Ainsi, dans les années 70, l’Ordre souverain et militaire du Temple de Jérusalem (OSMTJ) fut utilisé par Charly Lascorz et le député Claude Marcus en lien avec le SAC de Jacques Foccart ; de même pour l’Ordre rénové du Temple (ORT) de Raymond Bernard et de Julien Origas [33], puis de Luc Jouret. Enfin, l’Ordre du Temple solaire (ORT) de Luc Jouret [34] et Joseph Di Mambro.

Le 12 novembre 1990, alors que l’Italie se débattait dans le scandale Gladio, le ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement, reconnu qu’un Glaive avait existé en France. Maniant la langue de bois, il assura qu’il était resté dormant et ne s’était jamais ingéré dans la vie politique intérieure. Le lendemain, le président François Mitterrand indiqua qu’il avait récemment ordonné au général Jean Heinrich [35], qui le dirigeait en qualité de chef du service Action de la DGSE, de le dissoudre.

Le stay-behind dans le monde

L’existence du stay-behind a été officiellement reconnue en Allemagne, en Autriche (réseau Schwert), en Belgique, au Danemark, en Espagne, en France (Rose des vents), en Grèce (Toison rouge), en Italie (Gladio), au Luxembourg, en Norvège, aux Pays-Bas, au Portugal, au Royaume-Uni, en Suède, en Suisse et en Turquie. Aucune investigation n’a été conduite au sein des institutions de l’Union européenne, bien que de nombreuses informations laissent à penser que le stay-behind en contrôle les rouages essentiels.

On peut citer plusieurs coups d’État, réussis ou manqués, qui peuvent lui être imputés : outre les événements de 1958 et 1961 en France, les complots Sogno et Borghèse en Italie, le coup des colonels en Grèce, celui contre Makarios à Chypre [36]. À ces opérations de vaste envergure, il convient d’ajouter de nombreuses opérations de déstabilisation politique et des assassinats comme celui du Premier ministre suédois, Olof Palme.

Thierry Meyssan
Journaliste et écrivain, président du Réseau Voltaire.

Le Site du Réseau Voltaire

[1] Relazione sulla vicenda « Gladio » presentatat dal Presidente del Consiglio dei Ministri (Andreotti) communicata alla Presidenza il 26 febbraio 1991, Senato della Repubblica, X Legislativa, Doc XXVII, n° 6.

[2] Rapport de la Commission d’enquête parlementaire chargée de clarifier les faits d’une grande portée survenus au Département militaire fédéral, 1990.

[3] Rapport de la Commission d’enquête parlementaire sur l’existence en Belgique d’un réseau de renseignements clandestin international Sénat, 1er octobre 1991, n° 1117-4.

[4] Gladio, sous la dir. de J. Willems, EPO éd., 1991 ; Gladio, Das Erbe des Kalten Kriesges, A. Müller, 1991 ; L’Affaire Gladio, les réseaux secrets américains au cœur du terrorisme en Europe, Jean-François Brozzu-Gentile, Albin Michel, 1994. Voir aussi le remarquable documentaire d’Allan Francovitch, Gladio, les meneurs de jeu, Observer Film Company, 1992.

[5] US Congress, Senate, Select Committee to Study Governmental Operations with Respect to Intelligence Activities, Final Report, 94 th Cong., 2d sess., 1976. Des extraits du rapport Church ont été publiés en version française dans Les Complots de la CIA, manipulations et assassinats, Stock, 1976. Ils ne comprennent pas les passages relatifs au Gladio contenus dans les livres I et IV du rapport.

[6] Honorable Men, my Life in the CIA, traduit en français sous le titre 30 ans de CIA, William Colby, Presses de la Renaissance, 1978.

[7] US Special Warfare : its origins, Alfred H. Paddock, National Defence University Press, 1982.

[8] The Belarus Secret, 1982. Version française : L’Affreux secret, quand les Américains recrutaient des espions nazis. De Gehlen à Klaus Barbie. John Loftus, Plon, 1985.

[9] Il partido del golpe. Le strategie della tensione e del terrore dal primo centrosinistra organico al sequestro Moro, Gianni Flamini, Italo Bovolenta, 4 vol., 1981 à 1984.

[10] Political Warfare and Psychological Operations, Rethinking the US Approach, US National Strategy Information Center, National Defence University Press, 1989.

[11] OSS. The Secret History of America’s First Central Intelligence Agency, Tom Brower, University of California Press, 1972.

[12] L’Organisation Gehlen, Richard Gehlen, Presses de la Cité et Fayard, 1972. Une version abrégée a été publié par les éditions Saint-Clair, en 1975. Elle a été réalisée par un stay-behind, le négationniste David Irving.

[13] En violation de la Charte de l’Atlantique, l’OSS prit contact avec des dignitaires du Reich et de la Collaboration pour négocier une paix séparée USA-Allemagne et une alliance contre l’URSS. Il s’agissait en quelque sorte de renverser la logique cynique du pacte soviéto-germanique. La plupart des contacts eurent lieu à Berne, d’autres dans la péninsule ibérique. En 1942-43, Allan Dulles a notamment reçu en Suisse André Bettencourt, Pierre Guilhain de Bénouville et François Mitterrand.

[14] Futur pape sous le nom de Paul VI.

[15] Une messe solennelle a été célébrée à Chartres à l’occasion du 50e anniversaire de la mort de Franz Stock en présence du chancelier fédéral Helmut Kohl et du président du Sénat français, René Maunory. À cet occasion, M. Kohl a publié dans Le Monde du 25 février 1998 un hommage à l’abbé Stock, précurseur de la réconciliation européenne. Un procès en béatification a été ouvert à Rome.

[16] Foreign Relations of the United States, 1945-1950 Emergence of the Intelligence Establishment, Governement Printing Office, 1996.

[17] Op. cit.

[18] Les « pères fondateurs » sont des puritains, exilés par la Couronne britannique, venus trouver une « terre promise » dans le Nouveau monde.

[19] Les ultramontains sont des catholiques défendant la politique des papes contre les intérêts des Églises catholiques locales.

[20] Frank G. Wisner a dirigé le stay-behind de sa création à 1958. Il sombra dans l’alcoolisme et se serait suicidé en 1965.

[21] Mémorandum en date du 30 juin 1948 in Foreign Relations of the United States, 1945-1950 Emergence of the Intelligence Establishment, Governement Printing Office, 1996.

[22] Sur ces opérations, cf. The Use of Covert Paramilitary Activity as a Policy Tool : An Analysis of Operations Conducted by the US CIA, 1949-1951, Major D. H. Berger, US Marine Corps Command éd.

[23] Les Actions civilo-militaires. De l’urgence au développement : quels outils pour la France ?, rapport n° 3167, présenté par Robert Gaïa le 20 juin 2001, Assemblée nationale, Commission de la Défense. Ce rapport cite en exemple pour la France la cohérence de la doctrine américaine.

[24] Cf. la rubrique « stay-behind », in Encyclopédie du renseignement et des services secrets, Jacques Baud, Lavauzelle éd., 1997. Voir aussi les rubriques « Opération Gladio » et « Des réseaux dormants dans toute la France » in Les Secrets de l’espionnage français de 1870 à nos jours, Pascal Krop, Jean-Claude Lattès éd., 1993.

[25] La Cagoule est un complot qui tenta de renverser la IIIe République. Pendant la Seconde Guerre mondiale, certains de ses membres choisirent la Collaboration en considérant qu’ils pourraient ainsi réaliser leur projet fasciste pour la France ; d’autres, par nationalisme, entrèrent en résistance, pensant que l’Occupation était un tribut trop lourd pour parvenir à leurs fins. Sous Vichy comme à la Libération, les cagoulards se prêtèrent mutuellement assistance.

[26] Jacques Morlanne est le pseudonyme d’Henri Fille-Lambie.

[27] La distribution revient à la Société parisienne de boisons gazeuses et aux Glacières de Paris, filiales des Pastis Pernod.

[28] Éminences grises, Roger Faligot et Rémi Kauffer, Fayard, 1992 ; « The Origin of CIA Financing of AFL Programs » in Covert Action Quaterly, n° 76, 1999.

[29] Carmel Offie, qui a joué un rôle central dans l’implantation de l’OPC en France, a été écarté par les macarthistes d’une partie de ses responsabilités en raison de son homosexualité.

[30] De Bonvoisin and Co, Philippe Brewaeys et Jean-Frédérick De Liège, EPO, 1992.

[31] Faux chevaliers, vrais gogos. Enquête sur les faux ordres de chevalerie, Patrice Chairoff, Jean-Cyrille Godefroy éd., 1985. Rapport de la Commission d’enquête parlementaire visant à élaborer une politique en vue de lutter contre les pratiques illégales des sectes et le danger qu’elles représentent pour la société et pour les personnes, particulièrement les mineurs d’âge, Chambre des Représentants de Belgique, n° 313/7, 28 avril 1997.

[32] Le PIO a été fermé en 1978, mais ses activités subsistent sous une autre appellation. Le PIO manipulait également le NEM Club, le CEPIC, la Confrérie des hospitaliers de Notre-Dame-d’Aulne, et la Milice de Jésus-Christ.

[33] Julien Origas, grand maître de l’ORT sous le pseudonyme d’Hubert de Frankenburg.

[34] Luc Jouret, médecin homéopathe pour la galerie était paracommando belge, engagé volontaire lors de l’opération Kolwezi, en 1978. Il était membre du Gladio, rémunéré par le PIO.

[35] En 1998, le général Jean Heinrich a refusé sa 5e étoile et a démissionné des armées. Il dirige aujourd’hui la société de sécurité Géos qui emploie de nombreux anciens du 11e Choc.

[36] The Cyprus Conspiracy. America, Espionnage and the Turkish Invasion, Brendan O’Malley and Ian Graig, Tauris & Co éd., 2001.

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10 objections majeures au "commerce équitable"

Les arguments en faveur du "commerce équitable" ont été largement développés. Notre propos n'est donc pas ici de les rappeler mais, de développer un contre argumentaire à ce commerce dit " équitable ". La capacité à accepter la critique, à recevoir la contradiction, à engager un débat, sont le gage d'une démarche évolutive.

1 - Le commerce " équitable" est inéquitable. En effet, pour qu'un échange soit réellement équitable, les conditions de protection sociale et de rémunération des individus qui produisent devraient être identiques à celles des personnes qui consomment.

Exemple : selon le site MaxHavelaar, www.maxhavelaarfrance.or, au prix actuel, il faut trois cents ans à un Manuel, producteur local en Colombie, pour gagner 15 000 euros (environ la rémunération moyenne annuelle chez nous) .Manuel reçoit, au nom du commerce équitable, d'après les chiffres fournis par Max Havelaar, 3 fois plus que ce que lui donne le marché*, il ne lui faudra donc plus, au prix du marché équitable que. . . cent ans ! Pour être vraiment équitable, le prix du paquet de café (de 250g, dans l'exemple Max Havelaar) devrait être acheté 100 fois plus cher - 19 euros - et être vendu à Pierre, en France - 21,8 euros. Pierre ne le paye aujourd'hui que. . . 2,35 euros. Ce commerce est donc simplement "moins inéquitable ".

Les coûts d'importation, de torréfaction et de distribution restent, eux, quasiment identiques.

* Selon la revue Silence, l'excédent de revenu par rapport à un producteur "classique "est de 4 euros par mois .


2 - Le commerce équitable favorise la concurrence déloyale


Exemple : Marie fabrique des chapeaux sur le plateau du Larzac. Elle les vend sur le marché à Millau*. Sur ce même marché, Jacques propose des chapeaux estampillés "commerce équitable" moitié moins cher que ceux de Marie. L'association qui importe les chapeaux vendus par Jacques ne paye pas, comme tous les commerçants, le transport à son coût réel: le kérosène des avions et le gasoil des bateaux n'est pas taxé. Cette association de commerce équitable profite aussi, dans une moindre mesure que le commerce classique certes, des faibles rémunérations et de l'absence de protection sociale des pays producteurs et jouent sur la force de l'euro. Enfin, Jacques n'est pas payé : salarié du Crédit Lyonnais, il occupe son temps libre en faisant du bénévolat pour cette association. Résultat : Jacques met en faillite l'activité de Marie, avec d'autant plus de force qu'il le fait avec la meilleure conscience possible, sûr de contribuer à un monde meilleur.

* Exemple réel.


3 - Le commerce équitable ne tient pas compte des coûts écologiques


Exemple : Patricia achète une "banane équitable* ". Elle la paye 1 euro. Patricia pense ne manger qu'un fruit tropical alors qu'elle consomme aussi du kérosène, énergie nécessaire pour acheminer le fruit du Costa Rica jusqu'à chez elle**. Ce kérosène n'étant pas taxé, le coût de l'impact écologique du transport n'est pas pris en compte dans son achat. Et la peau de la banane ? Celle-ci est perdue pour le sol du Costa Rica qu'elle aurait du enrichir en compostant !***

* Max Havelaar importe aussi par exemple du miel ou du riz, produits que l'on trouve dans nos régions.

** Max Havelaar importe des dictatures zimbabwéenne et kényanne vers la Suisse, des fleurs " commerce équitable ". Ces fleurs sont réfrigérées et acheminées en avion pour rester fraîches ! La culture des fleurs se fait sous serre avec force produits toxiques comme les pesticides, qui sont connus pour provoquer des évanouissements chez les ouvriers ,des allergies, des eczémas, des affections respiratoires, des travails ont dénoncées par les ONG. (Source revue Silence n° 274, p. 24)

*** Ce sont ainsi d'énormes quantités d'humus qui sont perdues pour les pays producteurs.


4 - Le commerce équitable favorise l'appauvrissement de la biodiversité

Exemple : Patricia est en train de finir de manger sa banane "commerce équitable ". Elle a aussi acheté un pamplemousse, une orange, et. . . une pomme. La diversité de sa corbeille de fruits étant à l'échelle du globe, Patricia néglige alors la biodiversité locale. Alors que sa région comptait cinquante espèces de pomme voici vingt ans, il n'en demeure plus que cinq aujourd'hui.


5 - Le commerce équitable accompagne la "déculturation " de la production


Exemple : Quand Michel va en Inde, il est heureux de trouver une culture différente de la sienne, enraciné dans son milieu. L'habillement fait partie intégrante de cette diversité des cultures et cette diversité culturelle fait la richesse de la Terre. Toute la production fait ainsi partie de la culture vivante des peuples*. Azimuts, entreprise d'habillement issu du " commerce équitable », importe en France des vêtements de style tropicaux. Imaginons la tête du Népalais qui, en arrivant à Paris, se trouve face à des personnes habillées en . . . habitant des tropiques. Gageons qu'il repart aussitôt, déçu. L'idéologie dominante mène au renoncement à sa propre culture.

* Le terme " exception culturelle" limitant la culture aux arts et à notre seul pays, constitue, à cet égard, un scandale.


6 - Le commerce équitable nous éloigne de l'essentiel : re-localiser l'économie


Exemple : Loba est paysan en Côte d'Ivoire. Il cultivait son champ pour se nourrir et alimenter son village (culture vivrière) puis, son gouvernement l'a obligé à produire des fèves de cacao pour les exporter en France (culture de rapport). Loba est alors devenu dépendant du cours mondial du cacao, alors que, grâce aux bénéfices réalisés en vendant les fèves, la Côte d'Ivoire a pu acheter des avions de chasse à la France. Malheureusement, le cours du cacao ayant beaucoup baissé, Loba se trouve au bord de la famine. Grâce au commerce équitable, Loba a un peu moins faim(il reçoit maintenant juste assez d'argent pour acheter la nourriture. . . qu'il produisait avant) et la Côte d'Ivoire peut continuer à acheter des tanks à la France. Mais le retour à l'autosuffisance alimentaire s'est à nouveau éloigné. . . et Loba ne connaît toujours pas le goût du chocolat : un produit réservé pour les riches occidentaux.


7 - Max Havelaar cautionne la grande distribution

Exemple : Monsieur et Madame Grandval avaient un peu mauvaise conscience en se rendant en voiture à Auchan le samedi. Ils savaient que, d'une part, cela ne favorise pas leur coopérative, les paysans au marché ou encore les commerces de proximité, et que, d'autre part, ils faisaient tourner la grande distribution avec toutes ses conséquences : déshumanisation, impact écologique (automobile obligatoire pour y aller, transport routier, flux tendus, agriculture intensive), mal économie, etc. Ils savaient aussi très bien que ce type de distribution dans les pays riches est la cause de bien des maux dans les pays du Sud. Désormais, grâce au paquet de café Max Havelaar* qu'ils déposent à la fin de leurs courses dans leur charriot plein à ras bord, ils ont maintenant en plus bonne conscience. Auchan s'est en effet servi de cet argument en y axant une large partie de sa communication**. Avec cinq produits labellisés "commerce équitable", on peut accéder aux 120 000 produits non labellisés d'un grand magasin en toute bonne conscience !

* Ainsi, Max Havelaar ne cesse de se réjoui rd'être distribué dans un nombre croissantde grandes surfaces. A cause de celles-ci, entre 1966 et1998, selon l'INSEE, la France a perdu 17 800 boulangeries-pâtisseries (44%), 73 800épiceries (84%), 3500 fromageries (76 %), 1 300 librairies, 4700 commerces de chaussures (50 %), 4 300 quincailleries (46 %),etc.

** En Suisse, depuis mars 2003, le thé, le chocolat chaud et sept cafés Max Havelaar sont vendus dans les MacDonald's. "Pour Max Havelaar, cette opération répond à sa vocation d'élargissement du marché pour les produits du commerce équitable pour que toujours plus de producteurs du Sud aient accès au commerce équitable. . . Si on peut concéder que MacDo puisse bénéficier d'une meilleure image à travers ce projet, Max Havelaar ne labellisepar pour autant la firme MacDonald's. Ceci constitue un nouveau concept, c'est aussi un projet pilote de MacDo Suisse. En cas de succès, ce projet pourrait être étendu au plan européen." Didier Deriaz, Max Havelaar Suisse. Le logo Max Havelaar apparaît sur les 139magasins suisse MacDo à côté de la photo des produit MacDo labellisés sur tous les menus, les tables, au-dessus des comptoirs, à l'extérieur. "Si MacDonald's en France fait ce choix, nous n'avons pasà le refuser." Victor Ferrera, directeur de Max Havelaar France. Source : Politis 12/06/03.
8 - Le commerce équitable cautionne la mondialisation

Exemple : Renée est une vielle militante écologiste. Elle se bat depuis cinquante ans pour les cultures vivrières et contre les cultures de rapport. Elle ferraille contre l'uniformisation du monde, contre la volonté de l'Occident d'étendre son anticulture marchande au reste de la planète, contre le " commerce " des pays riches. Pour elle, le commerce équitable est une véritable catastrophe. En effet, comment combattre encore la mondialisation si on lui pose des pastilles vertes, des "labels éthiques", si on cautionne ce système si fondamentalement destructeur qui détruit la nature et opprime une multitude d'humains sur la planète* ? Comment alors amener une critique constructive qui remette en cause les problèmes à leurs racines et non une fausse contestation qui n'a pour conséquence que de renforcer ce système ?

* Dans la lettre de Max Havelaar La tasse de Max, l'organisation se félicite de sa présence et d'être écouté au. . . forum économique de Davos. " Quant à Porto Alegre, on ne prêche plus contre la mondialisation mais pour une autre mondialisation. " La Tasse deMax,n° 12, mars 2003.


9 - Le commerce équitable est une forme du néocolonialisme*

Exemple : Patrick arrive à la retraite. Après avoir passé sa vie à polluer la planète dans une grande entreprise de chimie, il se dit qu'il pourrait occuper sa retraite en faisant quelque chose " pour les autres ", et notamment pour ces pauvres noirs. En plus, le commerce équitable lui permettra de joindre l'utile à l'agréable en voyageant à travers le monde.

Nathalie, elle, a 29 ans. Elle ne veut pas travailler dans une multinationale classique. Elle choisit donc de travailler chez Max Havelaar. Ainsi, elle a tous les avantages d'une entreprise classique plus l'éthique. Et, comme Patrick, elle adore les aéroports.

Patrick et Nathalie sont, sans vouloir l'accepter, la version actuelle de nos anciens missionnaires. Ceux-ci apportaient une caution morale au vol des ressources naturelles et à l'esclavage des pays du Sud. Avant de vouloir " faire le bien", Patrick et Nathalie ne se sont pas demandé comment d'abord " ne pas nuire ". Ainsi, tous les deux continuent, avec les 1 % de la planète les plus riches, à prendre l'avion ou bien encore à aller aux sports d'hiver, sans se poser sérieusement de question sur les conséquences qu'impliquent leur mode de vie. Dans leur station de ski respectives, très fiers, Patrick et Nathalie parlent à leurs amis de ces paysans andins qui sont " si gentils". Ils ne dédaignent pas de temps en temps "faire la morale" et pousser un coup de gueule contre ce monde" qui va si mal".

* " Qui dit commerce équitable dit développement. " La tasse de Max, n° 12, mars 2003


10 - Le commerce équitable participe à l'idéologie de la soumission

Exemple : Thierry milite dans une association de commerce équitable depuis dix-sept ans (son salaire représente10 fois celui de Loba en Côte-d'Ivoire). Il connaît bien les objections au commerce équitable des militants écologistes radicaux, comme Renée. Mais Thierry travaille et ne veut pas remettre en cause toutes ses longues années de labeur acharné. Au lieu de prendre en compte des remarques de ses contradicteurs, il choisit de les insulter : " Vous voulez que chacun reste chez soi ! ?", etc. Thierry ne cesse de parler de " réalisme" de "stratégie " et de " pédagogie".Thierry finit par être le meilleur allié de la soumission au " réalisme économique". Sans forcément s'en rendre compte, Thierry a fait passer dans son échelle des valeurs les lois de l'économie avant le principe moral et le système se nourrit d'abord de toutes les fausses contestations qui légitiment le primat de l'économie. C'est le retour à la case départ.

Bruno Clémentin et Vincent Cheynet

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Bilderberg

LA CREME DE L'ELITE MONDIALE SE REUNIT A CHANTILLY

Par Pierre Jean

        Le groupe Bilderberg doit tenir sa prochaine conférence à une dizaine de kilomètres de l'aéroport J.F. Dulles de Washington, à Chantilly (Virginie), entre les 30 mai et 2 juin 2002. Tous les printemps, les dirigeants industriels et politiques occidentaux qui composent ce club prestigieux se retrouvent pour débattre d'enjeux politiques majeurs, dans le cadre de luxueux hôtels et à l'abri de toute ingérence démocratique indésirable. Un des thèmes pressentis pour cette édition : la promotion de la prochaine guerre contre l'Irak.

          La conférence 2002 du groupe Bilderberg va se tenir sur le site de Westfields Marriot, à Chantilly (E.-U.), du 30 mai au 2 juin 2002. C'est le journaliste américain Jim Tucker, inlassable traqueur du "power elite", qui nous l'apprend dans une dépêche d'American Free Press du 31 mars 2002 (1).

         Depuis 1954, les conférences du groupe Bilderberg réunissent chaque printemps de grands noms de la finance, de l'industrie, de la politique et des institutions internationales. Elles se tiennent tous les ans dans un pays différent, la plupart du temps en Europe. Un hôtel de luxe à l'écart des centres urbains est retenu à cet effet et est occupé pendant plusieurs jours. Les discussions se déroulent à huis clos, sous haute protection. Une confidentialité totale est exigée des participants. Aucune conférence de presse n'est donnée à la fin des débats.

          En dépit de la participation récurrente aux conférences Bilderberg de personnalités de la presse (2), les media n'en parlent quasiment pas. En 1998, un journaliste écossais qui a voulu transmettre des informations à propos d'une de ces conférences a été arrêté et détenu plusieurs heures (3). En 1976, selon un sociologue britannique à qui l'on doit une étude sur la genèse du fameux club, le journaliste Gordon Tether perdit sa place au "Financial Times" pour avoir tenté de publier un article de trop sur le sujet. Un an plus tôt, ce journaliste s'était distingué en expliquant dans les colonnes du grand journal britannique que, "si le groupe Bilderberg n'a rien d'une conspiration d'aucune sorte, tout est fait comme s'il s'agissait d'en donner l'apparence" (4).

        Nonobstant, quelques articles sont parus çà et là sur son compte, dans une presse principalement anglo-saxone (5), et des auteurs crédibles commencent à lui consacrer quelques-uns de leurs paragraphes. On peut ainsi se référer aux évocations proposées chez Denis Robert, J. Mander et E. Goldsmith, ou encore l'Observatoire de l'Europe industrielle (6). Il est également arrivé à des institutions officielles de lâcher quelques bribes d'information. Devant ces débuts de médiatisation, et pour endiguer les rumeurs de conspiration qui circulent à son propos, le "steering comitee" du groupe a pris l'habitude de se fendre d'un communiqué en ouverture de ses conférences et de fournir la liste des participants (7).

          La question soulevée par l'existence d'un tel organe est celle de son influence supposée dans les décisions politiques prises par les institutions (gouvernements, Union européenne, organisations internationales, institutions monétaires, etc.). Il s'agit là d'une question importante qui concerne directement la démocratie. A la critique de cette influence potentielle est systématiquement opposée une minimisation de la portée politique des débats organisés au sein du club. Essayons de traiter la chose, en nous efforçant de faire la part de la réalité entre un langage officiel lénifiant, et les excès d'une vision qui ferait du mystérieux gang une sorte de "gouvernement mondial" secret. Nous verrons alors dans quelle mesure la singularité du groupe peut justifier une dénonciation particulière, en particulier dans le contexte de la défense contre la globalisation dite libérale.

          Un "forum international" ou des dirigeants expriment leur "position personnelle"

        Le groupe Bilderberg se présente comme un "forum international" où des "dirigeants politiques et économiques expriment leur position personnelle sur des thèmes d'intérêt général, notamment dans les domaines de la politique étrangère et de l'économie internationale" (8).

          La conférence qui s'est tenue en Suède entre les 24 et 27 mai 2001 accueillait des personnalités comme Michel Bon (France Télécom), Jürgen Schrempp (Daimler-Chrysler), les commissaires européens Pascal Lamy, Mario Monti et Franz Fischler, le secrétaire général de l'OTAN George Robertson, l'actuel président du Parlement européen Pat Cox ou encore Jean-Claude Trichet ; elle était consacrée à des sujets aussi variés que la sécurité alimentaire ou l'avenir de l'OTAN (9). Le groupe Bilderberg est donc un "forum international" où un patron d'opérateur de télécommunications peut exprimer en compagnie de dirigeants d'institutions sa "position personnelle" à l'égard de notre nourriture ou de partenariats stratégiques et militaires.

        Cela veut-il dire que les industriels qui fréquentent le Bilderberg expriment forcément leur "position personnelle" de manière systématique et sur tous les thèmes abordés pendant les conférences ? Selon le journaliste Nicolas Beytout, les dirigeants d'entreprises viennent surtout "compenser leur manque" de connaissances dans les différents domaines traités (10). Cela signifierait que le patronat mondial pourrait avoir plus de choses à entendre de la bouche d'un secrétaire général de l'OTAN que ce que dit ce dernier dans ses communiqués de presse et dans ses interviews. Que cela soit substantiellement le cas ou non, nous sommes en face d'une situation où des figures du secteur privé participent à des séminaires secrets d'information politique, diplomatique et militaire.

        Enfin, une relation a été constatée entre les domaines dans lesquels des participants, en particulier des commissaires européens, exerçaient des responsabilités institutionnelles, et des sujets de débats prévus dans ces conférences : par exemple l'avenir de certains pays candidats à l'adhésion à l'Union européenne, le marché UE/USA ou encore le marché intérieur européen (11), et ce dans des périodes où ces thèmes remplissaient probablement l'actualité internationale. Si "aucune décision formelle" n'est prise à la faveur de ces réunions, on peut néanmoins augurer de l'influence probable que peuvent exercer celles-ci sur les choix qui s'ensuivent dans les cadres officiels. A certains moments de l'histoire, cette influence a pu se montrer singulièrement décisive (12).

          Confidentialité, vis-à-vis de qui ?

        Ces conférences annuelles où des dirigeants "expriment leurs positions personnelles" se déroulent dans une confidentialité quasi complète, qu'elles se tiennent en Europe ou aux Etats-Unis.

          Comme le défend le professeur Patrick Minford, dans un "monde libre", rien ne doit pouvoir empêcher des individus de quelque qualité que ce soit "d'avoir des discussions secrètes" et de parler librement entre eux.

        Sauf que : les conférences Bilderberg n'ont, dans le fond, pas grand-chose de confidentiel. C'est ce que je déduis de mon échange avec le journaliste Nicolas Beytout. Pour Nicolas Beytout (13), la confidentialité "totale" qui viserait à garantir aux Bilderbergers "une liberté de ton [là encore...] totale", est exigée "vis-à-vis des media". Et il précise : dans la mesure où "les sujets [abordés au cours de ces week-ends élitistes] portent plus à réflexion qu'à information, les media n'y trouvent pas, en général, leur compte".

        Les media trouvent leur compte dans les conférences Bilderberg, puisque non seulement les sujets abordés sont traités par la presse lorsqu'ils font l'objet de débats officiels et médiatisés, mais encore parce que ces conférences accueillent chaque année plusieurs journalistes et patrons de rédactions (14). Mis devant cette contradiction, M. Beytout se garde de répondre clairement, et évoque l'utilité pour les "hommes de presse" de participer à ces réflexions "dans ce qu'ils peuvent ressentir de l'évolution des opinions" (15). Tiens donc. S'il s'agit de rendre compte des états d'âme de l'opinion publique aux séminaristes prestigieux du groupe Bilderberg, ceux-ci pourraient pourtant lire les sondages et les articles que des journaux sérieux sont supposés fournir sur le sujet...

        Le groupe Bilderberg ne cultive donc pas de confidentialité à l'égard de la presse: il n'a rien à cacher à celle-ci puisqu'elle est invitée aux débats. Il s'agit en réalité de faire observer par les media le respect d'une "confidentialité totale" vis-à-vis de leur public, c'est-à-dire vis-à-vis des citoyens.

        Cette confidentialité partagée par la presse alimente le défi que pose ce "forum" à la démocratie. Il est probable que les gourous du groupe Bilderberg entendent conjurer le discrédit que pourrait jeter sur les institutions démocratiques l'existence au vu et au su des citoyens d'un type de forum aussi original, ce qui n'est pas signe d'une conscience tranquille dans le fond. Ulf Bjereld, professeur de sciences politiques à Göteborg, résume ainsi la situation: "des gens de pouvoir élaborent des consensus derrière des portes closes sur des enjeux politiques d'actualité" (16). Des décisions politiques officielles peuvent être conditionnées ou prédéterminées par des ententes dont nous ignorons, en raison du secret qui les entoure, les véritables tenants et promoteurs.

        En outre, bien qu'ils soient privés, chacun de ces grands rendez-vous annuels bénéficie des services de protection du pays qui l'accueille. Les gouvernements couvrent donc l'existence de ces rencontres secrètes. Les contribuables, qui ne bénéficient pas de la protection de l'armée ou des services secrets quand ils organisent un barbecue, financent la discrétion et la sécurité d'un séminaire select et underground où l'élite occidentale - c'est-à-dire "mondiale" - discute de l'avenir de la société à leur insu.

          Mais qui, précisément, discute de l'avenir de la société à notre insu ?

          L'Internationale Capitaliste


        Nous avons déjà entrouvert la porte et pu apprécié la qualité de quelques personnes prises en pleine bilderbergerie. Ouvrons davantage. Il nous faut distinguer maintenant les figures permanentes du clan et les invités occasionnels.

        Les grands cardinaux de ce conclave planétaire sont, pêle-mêle, des patrons de banques (Lazard Frères & Co., Barclays, Chase Manhattan Bank, Goldman Sachs, Deutsche Bank, Société générale de Belgique, UBS-Warburg, ex-Paribas), des administrateurs de groupes industriels (Unilever, Fiat, Daimler-Chrysler, Xerox Company, Lafarge, TotalFinaElf, etc.), plusieurs Commissaires européens (Mario Monti a siégé plusieurs années au comité directeur du Bilderberg), des responsables de grands instituts d'études (l'IFRI s'agissant de la France), un secrétaire général de l'OTAN, un dirigeant de la Banque mondiale ou du Fonds monétaire international, un célèbre criminel de guerre toujours en liberté et dont le calepin renferme les noms de plusieurs dictateurs et de patrons de la CIA (17), ou encore des hommes d'affaires si proches des milieux politiques que l'un d'eux a pu longtemps être considéré comme un "secrétaire d'Etat officieux" des Etats-Unis, une sorte d'"ambassadeur extraordinaire" de l'Amérique (18).

        Riche d'une telle composition, le groupe Bilderberg aurait contribué au fil de ses cinq décennies de palabres "à instaurer le type de capitalisme que nous connaissons aujourd'hui et à solidariser entre elles les principales élites mondiales des affaires", comme l'explique le rédacteur en chef d'un journal suédois (19). En somme, le Bilderberg abrite des discussions sur des thèmes "d'intérêt général" menées par une caste aux "intérêts" éminemment particuliers.

          Cette Internationale Capitaliste accueille en sus, dans le huis clos de ses jamborees annuels, des "personnalités influentes" sélectionnées avec soin et qu'on remplace tous les ans. Pour ces chanceux, l'honneur de recevoir une invitation au Bilderberg est la plupart du temps le signe d'une consécration prestigieuse dans leur carrière. On peut trouver cela puéril, mais c'est comme ça. "When you have scaled the Bilderberg, you are arrived", aurait conclu un article de "The Economist" publié dans les années 1980 (20).

         Outre des représentants de la presse et des media comme nous l'avons vu, figurent ainsi d'autres personnalités de la finance et représentants de firmes industrielles (Monsanto, Ford, Philips, Nestlé, etc.), des ministres européens en exercice, des sénateurs et secrétaires gouvernementaux nord-américains, des économistes, des responsables de partis politiques, etc.

        Au chapitre politique, la France a été représentée ces dernières années par Hubert Védrine (1992), alors secrétaire général de la Présidence de la République ; Patrick Devedjian (1993), Laurent Fabius (1994), Pierre Lellouche (1996) ou encore Lionel Jospin (1996). Quatre décennies plus tôt, les discrets et puissants fondateurs du groupe Bilderberg invitaient à leur conférence inaugurale Antoine Pinay (droite) et Guy Mollet (socialiste) (21). Côté anglo-saxon, retenons les participations de Bill Clinton, introduit dans le club en 1991 grâce aux soins de son ami Vernon Jordan, et probablement de Tony Blair en 1993 et en 1998. MM. Blair et Clinton, comme probablement d'autres personnalités politiques, auraient ainsi été briefés (par le sommet de l'élite financière et industrielle) peu de temps avant leur arrivée au pouvoir (soutenus par les financiers et les industriels).

          Riche d'une telle clientèle, le groupe Bilderberg n'a-t-il pas les attributs qui feraient de lui l'un des principaux cercles où se pilotent consensuellement à la fois la construction européenne depuis ses débuts, et la globalisation dite libérale depuis la chute de l'empire soviétique ?

          Bilderberg, et alors ?

        Le groupe Bilderberg serait donc une sorte de groupe de pression. En quoi se distingue-t-il d'autres groupes de pression ? Cette interrogation peut être utile pour déterminer s'il mérite une médiatisation et justifierait une dénonciation particulière. Dépiautons la bête.

          Par sa faculté à appâter vers sa sphère sociale (le nec plus ultra) et idéologique (libérale) des individus d'horizons supposés antagonistes, le groupe Bilderberg constitue un sommet des clubs aristocratiques où se nouent les connivences transversales.

         Alors que les discours convenus décrivent une organisation en pans verticaux des appartenances politiques (droite, gauche, centre, extrêmes), les consensus s'élaborent bien souvent selon des modes horizontaux que formalisent divers réseaux ou clubs. En France, le "Siècle", l'ex-Fondation Saint-Simon (22), tel institut de recherches politiques ou même une simple chambre de commerce, sont autant de vecteurs de connivence entre droite classique, Parti socialiste, media et cercles d'affaires. Ils peuvent constituer à cet égard des exemples, à une échelle nationale, de ce qu'est, plus ou moins, le groupe Bilderberg. La singularité de ce dernier subsistant évidemment du point de vue de l'envergure (mondiale) et dans les aspects formels (pas d'existence juridique, clandestinité des rencontres, protection et complicité des pouvoirs publics, aucune formalisation des travaux).

         Par sa manie de traiter des thèmes à la fois majeurs et variés de l'actualité politique mondiale et par les fonctions éminentes occupées par ses membres, le groupe Bilderberg exercerait une influence sur l'élaboration des politiques publiques.

         Ce genre de rôle est également assumé par des lobbies autrement plus visibles. De nombreuses structures privées publient des rapports annuels (destinés à un lectorat spécifique), adressent des "recommandations" aux gouvernements sur leur politique intérieure, fournissent une expertise et des documents de travail aux institutions, concentrent leurs capacités de pression sur des débats législatifs, élaborent à huis clos les termes des futures négociations de traités relatifs au commerce (23), etc. Contrairement au groupe Bilderberg, les interventions de ces organes sont généralement plus localisées et plus sectorielles. Leurs travaux, souvent publiés, sont exploitables par la critique, tandis que ceux du groupe Bilderberg ne le sont pas. Enfin, ces différents organes sont structurellement extérieurs au pouvoir politique, tandis que le Bilderberg agrège à la fois des personnels politiques et des grands pontes du pouvoir privé.

          Le groupe Bilderberg se situe en définitive au confluent de ces différentes catégories.


        Sa singularité réside dans la synthèse globale et informelle qu'il constitue. D'une part, il serait identifiable à une sorte de clef de voûte de la hiérarchie des connivences. D'autre part, il jouerait un rôle de prescripteur informel, diffus, non démocratique, de la politique et de l'économie internationales, en exerçant une sorte de coordination partielle et implicite des acteurs de différents domaines. Il revêtirait plus ou moins les traits d'une sorte de conseil d'administration du monde, sans l'être formellement bien sûr.

         Une chose est certaine : son modèle informel et flexible remplit un besoin qui n'est probablement pas satisfait par d'autres types de plates-formes. Sa longévité prouve en fait la pertinence et le succès de la formule. Des personnes extrêmement prises dans leur temps ne s'isoleraient pas du monde pour trois jours de travail, surtout des week-ends, s'il ne s'agissait pas d'obtenir des résultats ou d'en tirer quelque chose de profitable.

          Une médiatisation nécessaire.

        Les structures de lobbying et de connivence sont profuses et leurs interventions innombrables. De ce fait il est difficile de rendre leur action visible auprès du public. Toutes témoignent cependant d'un mode de fonctionnement de la société occidentale. La compréhension de ce fonctionnement par les citoyens est nécessaire à la clarté démocratique.

         La médiatisation et la critique du groupe Bilderberg apparaît pertinente dans ce contexte. Le Bilderberg cristallise une certaine idée de la logique d'ensemble qui préside tacitement, par la propagation de discours et de normes, aux comportements des classes dirigeantes occidentales. En outre il faut admettre que les caractéristiques de ses grands-messes sont éloquentes : rencontres en catimini, migration d'une année sur l'autre, protection des services secrets, haute qualité des animateurs, etc. Elles peuvent donc focaliser l'attention. Bien que le "consensus capitaliste" et libéral réside aussi au-delà des hôtels de luxe où les congressistes du Bilderberg se retrouvent annuellement, notre fameux club est un objet d'étude original et révélateur d'une certaine façon dont les jeux de pouvoir se déroulent dans le "monde libre".

         C'est ce genre de message que feront entendre les quelques manifestants américains qui tenteront peut-être de se réunir à l'occasion de la conférence de Chantilly, à partir du 30 mai prochain… Henry Kissinger échappera-t-il toujours à son entartement ?

         
Notes :

          (1) http://www.americanfreepress.net/03_31_02/BILDERBERG_FOUND/bilderberg_found.html
L'information a été répercutée sur de nombreux sites Indymedia.

        (2) Côté français, le journaliste Bernard Guetta, lorsqu'il dirigeait le "Nouvel Observateur", a été invité à la conférence de 1998 (Turnberry, Ecosse) ; Eric Le Boucher du "Monde" à la conférence 1999 (Sintra, Portugal) ; Nicolas Beytout, de RTL puis Europe 1 en passant par TF1 et les "Echos", a participé à la conférence 2001 (Stenungsund, Suède), comme il me l'a confirmé dans un courrier électronique du 18 juin 2001.

         (3) Question H-932/98 posée à la Commission européenne par la députée Patricia McKenna, session novembre II 1998, Parlement européen.

          (4) L'étude du sociologue britannique Mike Peters est consultable à l'adresse :
http://www.bilderberg.org/bildhist.htm#The Toute une bibliographie et d'innombrables articles (de sources bigarrées) sont disponibles sur ce site non officiel. Mais l'étude de M Peters est notamment recommandée par le professeur Patrick Minford, de la Cardiff Business School, dont les références et les fréquentations ne font pas de lui un anti-capitaliste frénétique :
http://www.euro-know.org/letters997.html

        (5) "The Guardian" et "The Observer" ont publié plusieurs articles sur le sujet. La conférence 2001, qui s'est tenue non loin de Göteborg, a été traitée par le journal suédois "Dagens Nyhetter". La participation de Bill Clinton à la conférence de 1991, soit un an avant son arrivée à la Maison-Blanche, a été évoquée par le "Washington Post" le 27 janvier 1998 :
http://www.washingtonpost.com/wp-srv/politics/special/clinton/stories/jordan012798.htm

        (6) "Révélation$" de Denis Robert (Les Arènes, 2001) ; "Le procès de la mondialisation" d'Edward Goldsmith et Jerry Mander (Fayard, 2001) ; "Europe Inc. Liaisons dangereuses entre institutions et milieux d'affaires européens", Observatoire de l'Europe industrielle (Agone, 2000).

         (7) Les communiqués du groupe Bilderberg sont eux aussi disponibles sur le site http://bilderberg.org.

        (8) Cette définition est également celle que donne la Commission européenne (réponse à la question H-932/98 de Patricia McKenna, novembre 1998).

        (9) L'inscription de la sécurité alimentaire, de l'agriculture, de l'avenir de l'OTAN, de la défense européenne, de l'élargissement de l'UE, de la globalisation, de la Chine et de la Russie au menu des discussions de la conférence 2001 est révélée dans le communiqué de presse du 24 mai 2001. Ces thèmes, ainsi que, mais de manière implicite, la présence de Michel Bon, m'ont été confirmés par Nicolas Beytout (courrier électronique du 25 juin 2001). Cette conférence comptait à peu près une centaine de participants.

          (10) Courrier électronique du 25 juin 2001.

          (11) Question H-932/98 de Patricia McKenna, novembre 1998.

        (12) Selon Mike Peters, qui cite l'ancien ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne de l'Ouest George McGhee, le groupe Bilderberg joua un rôle principal dans la gestation des Traités de Rome, qui instituèrent en 1957 la Communauté économique européenne (CEE) et l'Euratom.

          (13) Courrier électronique du 18 juin 2001.

        (14) Etaient invités à la conférence 2001 des représentants des Echos et RTL (France), du Washington Post (Etats-Unis), du Times, du Financial Times, de The Economist (Royaume-Uni), du National Post, de l'International Journal (Canada), de Die Zeit, du groupe Burda Verlag (Allemagne), de La Stampa (Italie) et de Politiken (Danemark).

          (15) Courrier électronique du 25 juin 2001.

          (16) Reuters, 23 mai 2001.

        (17) Henry Kissinger, dont les préoccupations d'ordre judiciaire dans plusieurs pays d'Europe ne sont peut-être pas étrangers à la délocalisation aux Etats-Unis de la conférence 2002 (lire "Les crimes de monsieur Kissinger", de Christopher Hitchens, Saint-Simon éd., 2001).

        (18) L'homme d'affaires David Rockefeller, ainsi qualifié par "Le Monde" (26 octobre 2001). On doit à David Rockefeller, patron de la Chase Manhattan Bank, cette espèce de... prospective : "Quelque chose doit remplacer les gouvernements, et le pouvoir privé me semble l'entité adéquate pour le faire" (Newsweek International, 1er février 1999). David Rockefeller a siégé pratiquement à toutes les conférences du groupe Bilderberg depuis la première, en 1954. Classé républicain, il a fondé la Commission Trilatérale au début des années 1970 avec son ami le démocrate Zbigniew Brzezinski :
http://www.trilateral.org

          (19) Goran Greider du "Dala-Demokraten" (Reuters, 23 mai 2001).

          (20) "Elite and Discreet", 26 décembre 1987
http://www.bilderberg.org/bilder.htm#econ

        (21) Le groupe Bilderberg doit son nom à l'hôtel néerlandais où eut lieu cette première conférence, en 1954. L'hôtel était la propriété d'un des fondateurs du club, le prince et ancien officier SS Bernhard des Pays-Bas. La création du Bilderberg aurait également bénéficié du concours d'un agent des services secrets britanniques, du président de la firme anglo-néerlandaise Unilever, et de Walter Bedell Smith, premier directeur de la CIA (cf. Mike Peters).

        (22) Sur la Fondation Saint-Simon, lire "Les architectes du social-libéralisme", par Vincent Laurent ("Le Monde diplomatique", septembre 1998). http://www.monde-diplomatique.fr/1998/09/LAURENT/10967.html

        (23) A cet égard, lire l'éloquent article "The WTO's Hidden Agenda" de Greg Palast, journaliste à la BBC et à "The Observer", évoquant des préparations secrètes aux négociations de l'OMC dans le domaine des services (9 novembre 2001).
http://www.gregpalast.com/detail.cfm?artid=105&row=0
 

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L’Etat de grâce

 

         A   nous qui sommes les gardiens du système, la parution en mars 2001 et   janvier 2002 de deux ouvrages du journaliste Denis Robert sur la finance internationale,   impose une mise au point.

 

          Denis   Robert était l’auteur d’un précédent ouvrage, " La   justice où le chaos ", dans lequel il révélait   le sentiment d’impuissance des magistrats face à la finance internationale.   Ses deux ouvrages plus récents, parus aux éditions " Les   Arènes ", reposent sur les témoignages d’anciens cadres   d’institutions financières, qui dénoncent les " fraudes fiscales "   et les " blanchiments d’argent sale ". Les titres en sont   accrocheurs : " Révélations " et " La   boîte noire ".

 

          Entre   nous, il n’est pas question de falsifier ces témoignages. Quels que soient   les démentis catégoriques que nous verrons obligés de répandre   dans la presse pour des raisons évidente tenant à la stratégie   de communication au grand public, nous sommes bien placés pour savoir   que ces témoins disent ce qu’ils ont vu et ce qu’on leur a fait faire.   C’est à un autre niveau de compréhension du système qu’ils   se trompent. Ces " fraudes ", ces " blanchiments ",   enfin ces manières de travailler, sont en réalité des opérations   structurelles, c’est-à-dire des opérations normales et habituelles,   nécessaires à la sauvegarde du système.

 

          Il   faut savoir qu’en matière de fiscalité et de   redistribution des revenus, deux modèles s’opposent : l’Etat de   droit et l’Etat de grâce.

 

 

 

Définitions

 

          Dans   l’Etat de droit, chaque revenu est identifié, enregistré par l’Etat,   et affecté d’un pourcentage d’impôt défini par la loi. Le   produit de cet impôt est traçable depuis sa récolte jusqu’à   sa dépense dans quelque service public. Les choix de société   relatifs aux quantités prélevées sur les revenus et à   leur affectation dans les différents services publics appartiennent aux   deux pouvoirs, le pouvoir législatif exercé par le parlement et   le pouvoir exécutif exercé par le gouvernement. Il se fixe donc   dans des lois et dans des arrêtés qui sont publiés et dont   chacun peut prendre connaissance, de manière à ce que chacun sache   à quelle sauce la collectivité à laquelle il participe   a décidé de le manger.

 

          Dans   l’Etat de grâce, les revenus ne sont pas identifiés par l’Etat.   Chaque personne privée récoltant un revenu de son activité   ou de ses biens acquiert une puissance, un pouvoir qui, à partir d’un   certain niveau, se traduit par le désir de réinvestir et de redistribuer.   C’est comme si, lorsque montait la puissance, la grâce y descendait. De   la notion d’" état de grâce ", avec un petit   " é ", vient l’expression " Etat de grâce ",   avec un grand E comme " Euro " ou " Economie ",   qui désigne ce type d’organisation de la société en matière   financière.

 

          Touchée   par la grâce, la personne qui s’est enrichie va devenir un acteur de l’Etat   de grâce. Elle va, en effet, décider de redistribuer une partie   de son revenu en fonction d’un idéal de société que la   grâce lui aura inspirée. Des séminaires sur l’éthique   des investisseurs et des clubs de chefs d’entreprises assurent la vitalité   et la cohérence des actions de grâce des personnes privées   les plus riches et dont la grâce est, par conséquent, la plus nécessaire   à la société. Ainsi, des constructeurs automobile anglais   ouvrent des centres de récréation pour leurs salariés retraités   ou les membres âgés de la famille des salariés (Journal   du mardi n°54, 6-12 juin 2000 p. 14-17). D’autres entreprises et d’autres personnes   privées milliardaires créent des fondations pour la paix dans   le monde, ou financent celles qui existent, telles qu’Oxfam, Amnesty International,   Médecins sans frontières, la Croix Rouge, des organismes de protection   d’espèces animales en voie de disparition, une agence de recherche d’enfants   disparus comme Child Focus, etc.

 

 

 

Notre société

 

          Pour   ce qui est du choix de notre société entre un des deux modèles,   notre société est de type mixte.

 

          Les   travailleurs salariés et les indépendants récoltant de   petits revenus sont soumis à l’Etat de droit. Une administration fiscale   bien développée surveille leurs revenus, prélève   l’impôt, enregistre les sommes récoltées et les verse au   budget de l’Etat, qui les dépense chichement en respectant d’abord la   charge de la dette vis-à-vis des personnes privées détentrices   de richesses, et en rendant aux gros investisseurs privés, créateurs   d’emplois, leur générosité sous la forme de réductions   d’impôts et de cotisations sociales, conformément au rituel du   potlatch qui existe depuis les origines de l’humanité. Il doit ou devrait   néanmoins rester le nécessaire pour l’enseignement, pour un minimum   de sécurité sociale, pour les routes et les infrastructures.

 

          Au-delà   d’un certain niveau de revenu, toutefois, l’impôt s’efface. " Tout   se passe comme si l’Etat avait toujours voulu se priver, volontairement, d’informations   relatives à la structure et à l’ampleur des grandes fortunes ",   estiment Martine Vandemeulebroecke et Marc Vanesse dans leur ouvrage " Paroles   d’argent " paru en 1996 chez l’éditeur Luc Pire. L’administration   fiscale n’est plus compétente, tous ses fonctionnaires étant attachés   à la surveillance des gens qui récoltent de petits revenus. Ce   n’est écrit dans aucun code, mais, dans les faits, au-delà d’un   certain seuil de revenu, l’impôt reste au même montant alors que   le revenu continue à croître. L’impôt devient donc, à   mesure que le revenu croît, d’un montant relatif de plus en plus ridicule.   Alors, l’heureux titulaire de ce revenu passe de l’Etat de droit à l’Etat   de grâce et devient un des acteurs touchés par la grâce et   astreint au devoir éthique de générosité.

 

 

 

Supériorité de l’Etat   de grâce

 

          Ce   qui est caractéristique de l’Etat de grâce, c’est la concentration   d’immenses richesses au-dessus de certaines têtes. Ces richesses sont   produites par les entreprises, surtout les entreprises multinationales qui occupent   des positions clé dans l’économie en pourvoyant à des besoins   vitaux en pétrole, en électricité, en eau, en transports,   en télécommunication, en alimentation ou en métaux. Ces   richesses sont aussi produites par des activités moins honorables qu’on   qualifie de mafieuses, dont la principale est le secteur de la drogue. L’argent   ainsi récolté est ensuite démultiplié par la création   de " titres ", de " valeurs ", autrement   dit par des prêts à intérêts et par de nouveaux investissements.   Non imposées ou ridiculement imposées, ces richesses ont naturellement   tendance à aimanter d’autres richesses, contrairement à des sommes   moins élevées. On dirait une sorte d’effet de gravitation.

 

          Ces   richesses finissent donc par déborder sur le reste de la société,   engendrant le développement de techniques nouvelles, la construction   de " cathédrales " du monde moderne, la promotion   des arts et des manifestations du génie humain, ainsi que des bienfaits   humanitaires. Il se crée une sorte de médiation permanente entre   les détenteurs des richesses et les laborieux et démunis. Tout   l’art de ces derniers consiste à solliciter, à susciter, à   orienter la grâce des premiers. C’est une affaire de sentiments et de   relations personnelles et pas une affaire de droit. Cela engendre un mode de   fonctionnement chaleureux, parce que fondé sur les relations personnelles   et sur la bonne volonté de chacun; un mode de fonctionnement ajusté   à chaque cas individuel, et plus juste aussi, car moins susceptible des   abus et des gaspillages que l’octroi aveugle de droits à chacun, sans   tenir compte du mérite. Bref, l’Etat de grâce a bien des défenseurs   et ceux-ci ont bien des arguments.

 

          La   différence entre les deux régimes, celui de l’Etat de grâce   et celui de l’Etat de droit, va jusqu’à une différence profonde   de mentalité, une différence d’âme en quelque sorte. Les   personnes dont le revenu est modeste ne sont pas naturellement enclines à   la générosité et il faut donc les forcer à verser   une partie de leur revenu à l’impôt, conformément au principe   de l’Etat de droit. Par contre, à partir d’un certain degré de   richesse, la négociation et le rappel de l’éthique suffisent à   obtenir de ses possédants des sommes assez considérables si on   les compare à celles récoltées par l’Etat de droit auprès   des masses de petites gens. Ainsi, l’impôt convient à la modestie   comme la générosité convient à la richesse.

 

          L’Etat   de grâce, fondé sur les sentiments humains spontanés de   solidarité, est assurément un état de la société   humaine plus parfait que l’Etat de droit, qui ne repose que sur des obligations   exécutées avec maussaderie et sous la menace de sanctions de l’Etat,   par des gens qui ne se sentent pas liés les uns aux autres et qui ont   même tendance à se détester suite à cette obligation.   Lorsqu’on fait de la solidarité une obligation, le sentiment de solidarité   s’efface et l’homme devient égoïste. C’est pourquoi l’Etat de droit   dépouille un peu de leur dignité humaine les gens qui y sont soumis.   Malheureusement, on n’a pas trouvé de moins mauvais système pour   résoudre la tendance permanente des classes modestes à l’inertie,   à la paresse en quelque sorte, au manque de dynamisme et à la   fraude : fraude aux allocations sociales pour ceux qui ne travaillent pas   ou en noir ; absentéïsme et syndicalisme pour ceux qui travaillent ;   et partout, un manque de sens de l’effort, de motivation. Si on les laissait   faire, ils ne participeraient pas à la redistribution, alors que celle-ci   se fait essentiellement à leur profit.

 

 

 

L’Etat de grâce transcende   l’Etat de droit

 

          Autant   on connaît les mécanismes de l’Etat de droit, autant ceux de l’Etat   de grâce, qui gouvernent également notre société   mixte, sont discrets et malaisés à connaître.

 

          On   ne trouvera guère de description de l’Etat de grâce en lisant les   lois d’un Etat, car les lois sont, par définition ou par hypothèse,   les lois de l’Etat de droit. L’Etat de grâce n’a pas de lois. Il y a même   plus: parmi les lois de l’Etat de droit, il est vain d’en chercher une qui dise:   " Passé tel niveau de revenu, celui qui le perçoit est   dispensé du régime du présent code. " Nulle part   dans les lois de l’Etat de droit, il n’y a la moindre allusion au régime   de l’Etat de grâce et aux coutumes qui le gouvernent.

 

          Tout   se passe comme si l’Etat de grâce se déployait dans une quatrième   dimension, inconnue des agents de l’Etat de droit parce qu’elle transcende le   monde tridimensionnel de l’Etat de droit.

 

          Cette   discrétion, ou cette transcendance métaphorique, a pour effet   que beaucoup de gens modestes ignorent jusqu’à l’existence de l’Etat   de grâce, ou n’en ont qu’une connaissance vague, affectée d’un   sentiment de doute ou de perplexité. Beaucoup de gens ne savent pas exactement   dans quel monde nous vivons. Le présent rapport a pour but de remédier   un peu à cette ignorance.

 

          Cette   ignorance est, en effet, source de malentendus parfois gênants. Par exemple,   la loi de l’Etat de droit dit que les impôts sont progressifs. Si on l’applique   à la lettre, on arrive à la conclusion absurde que tous les acteurs   de l’Etat de grâce sont coupables de graves délits de fraude fiscale!   Alors, la partie de la société soumise à l’Etat de droit   éclate en anathèmes contre les acteurs de l’Etat de grâce,   et le gouvernement a bien du mal à réconcilier les deux parties   de la société en négociant quelques réparations symboliques ostensibles   de la part des acteurs de l’Etat de grâce.

 

          L’Etat   de grâce doit donc, en réalité, s’employer à échapper   à une tendance des mentalités communes à généraliser   les règles de l’Etat de droit où elles sont immergées.   Il doit contourner ces règles et paraître les enfreindre, en agissant   dans le secret ou au moins dans la discrétion. Les mécanismes   de l’Etat de grâce ne sont donc guère plus connus que son existence   même, et leur révélation au " grand public "   immergé dans l’Etat de droit est toujours partielle et accidentelle.

 

 

 

Révélations des virés   de Clearstream

 

          C’est   une telle révélation que firent, il y a peu, d’anciens cadres   et d’employés d’une prestigieuse société privée,   la chambre de compensation Clearstream basée au Luxembourg. (" Révélations ",   Denis Robert et Ernest Backes, les Arènes, mars 2001).

 

 

 

          Ignorants   de l’Etat de grâce, ils se sont étonnés de ce a qu’ils voyaient   au coeur de leur entreprise, et l’ont révélé dans le but,   selon eux, de " corriger " le système, étant   entendu que cette correction aurait impliqué le remplacement de la totalité   de l’Etat de grâce par l’Etat de droit. Quel malentendu de la part de   gens qui ont travaillé au sein même de ce qu’on peut appeler le   moteur de l’Etat de grâce! C’est dire combien l’Etat de grâce est   discret. Il embauche des informaticiens, des comptables, des juristes, des gens   très qualifiés, et leur donne des instructions, mais sans leur   expliquer son fonctionnement d’ensemble. Les plus réfléchis d’entre   ces employés et cadres le découvrent tout en travaillant, mais   pensent qu’il s’agit d’un dysfonctionnement de l’Etat de droit et non pas d’une   autre mode de fonctionnement qui caractérise légitimement une   partie de notre société. Grâce à leur erreur d’appréciation,   nous pouvons connaître et admirer un mécanisme clé de l’Etat   de grâce.

 

          Qu’est-ce   que Clearstream ? Il doit exister, dans le monde entier, une dizaine de   chambres de compensation de ce genre. Clearstream est basée au Luxembourg,   Euroclear à Bruxelles et il y en a la Deutsche Börse Clearing en   Allemagne. Sur les quelques 8000 banques que compte la planète, un peu   moins de la moitié sont clientes de Clearstream. Autrement dit, elles   sont affiliées à Clearstream. Clearstream est une société   privée qui leur offre certains services. Ces banques ouvrent un ou plusieurs   comptes chez Clearstream; cela peut aller jusqu’à quelques dizaines de   comptes. Il y a ainsi environ 16 000 comptes ouverts chez Clearstream en 2000.   Les chambres de compensation internationales sont payées par les banques   affiliées pour être des notaires informatiques. Elles notent et   archivent, en effet, des transferts de valeurs entre les différents comptes   ouverts chez elles. Par exemple, si Paribas veut transférer un million   d’euros à une filiale du Crédit Lyonnais située à   Vanuatu, et si ces deux banques sont affiliées à Clearstream,   Paribas et la filiale du Crédit Lyonnais envoient à Clearstream   un signal, et Clearstream note et archive l’opération. Les valeurs ne   bougent pas, matériellement; mais elles ont changé de propriétaire.   Une banque peut être affiliée à plusieurs chambres de compensation   parmi la dizaine probablement existante. Par exemple, une banque peut être   affiliée à Clearstream et à Euroclear.

 

          Comme   toute société commerciale, Clearstream publie certaines données   la concernant. Par exemple, elle publie et tient à la disposition de   toutes les banques affiliées, une liste des comptes de ses affiliés.   C’est ici qu’on découvre quelque chose d’étrange. Les cadres et   employés de Clearstream, présentés plus haut, se sont rendus   compte que cette liste est très incomplète. Seule la moitié   environ des comptes ouverts chez Clearstream sont publiés. Il y a donc   un nombre à peu près égal de ces comptes dont l’existence   n’est connue que de la banque chez qui ils sont ouverts, et de Clearstream elle-même.  

 

          Autre   anomalie : ce ne sont pas seulement les banques officiellement affiliées   à Clearstream qui ont des comptes non publiés, mais aussi des   banques non affiliées, ainsi que des sociétés commerciales   non bancaires qui font partie de groupes multinationaux. Ces affiliés   secrets, dont l’affiliation n’est pas publiée et n’est donc connue que   d’un très petit nombre d’acteurs, n’ont, bien sûr, que des comptes   non publiés chez Clearstream.

 

          Clearstrean,   enfin, tient deux comptabilités: l’une est publiée et connue du   fisc luxembourgeois. L’autre, rigoureusement secrète mais archivée,   concerne les opérations impliquant les comptes non publiés, ainsi   que les rémunérations que Clearstream perçoit pour toutes   ses opérations secrètes. Ces rémunérations ne sont,   évidemment, pas imposées si peu que ce soit.

 

          Les   comptes non publiés, ou plus exactement non intégrés à   l’apparence que Clearstream donne à l’Etat de droit, permettent de cacher   l’argent et les valeurs. Mettons par exemple qu’une société ait   plus de bénéfices qu’elle n’en déclare: elle maquille sa   comptabilité. Oui mais, le fisc peut aller voir sur ses comptes en banque   et demander l’origine des sommes et valeurs qui y figurent. C’est ainsi qu’on   peut découvrir la fraude fiscale. Sauf si la banque est impliquée   dans le jeu et que, rémunérée par la société   qui est sa cliente, elle cache une partie des revenus de cette société   sur un compte non intégré. Mais c’est dangereux pour la banque.   Alors, elle s’affilie à Clearstream et paye Clearstream pour que ce compte   figure dans cette société, sous la forme non intégrée.   Dès lors, l’argent et les valeurs qui sont dessus peuvent en quelques   minutes se retrouver sur un compte d’une banque de Vanuatu ou des îles   Caïmans et définitivement inconnus et introuvables par aucun fisc:   ni celui du pays où se trouve la société qui a voulu lui   soustraire ses bénéfices, ni celui du Luxembourg, pays d’accueil   de Clearstream.

 

          Ce   système a permis qu’une société, cliente d’une banque,   ait à Vanuatu ou aux îles Caïmans des fonds que les fiscs   de tous les pays ignorent. Ce sont aussi des fonds que ses créanciers   ignorent en cas de faillite. Ce sont enfin des fonds dont ses travailleurs ignorent   l’existence lorsqu’ils adressent à la direction des revendications sociales   et que le directeur leur répond, comptabilité à l’appui,   que l’année n’a pas été assez bonne pour que les salaires   soient augmentés et pour qu’on garde le même effectif de personnel.   Comptabilité à l’appui, une société peut brusquement   faire faillite et échapper à ses créanciers, tandis que   la multinationale dont elle dépend conclut un emprunt faramineux qui   lui permet de remonter toute l’entreprise dans un autre pays ou un autre continent.   Cet emprunt est, bien sûr, garanti par les bénéfices cachés   de l’entreprise qui vient de tomber en faillite.

 

          Clearstream   a donc deux fonctions. Son rôle de notaire et ses archives secrètes   rigoureuses garantissent la confiance des relations entre les 3500 banques et   sociétés commerciales qui sont ses affiliées. Sa double   comptabilité et sa duplicité garantissent la circulation de l’argent   et des valeurs à l’abri de toute appropriation fiscale, et même   de toute récupération judiciaire si l’origine de cet argent ou   de ces valeurs est mafieuse ou criminelle. Autrement dit, Clearstream permet   à l’Etat de grâce d’échapper aux règles de l’Etat   de droit, et place les Etats ainsi que les travailleurs et les démunis   dans une position d’attente de la grâce des acteurs privés suffisamment   riches pour faire appel aux services les plus avancés, et les plus chers,   des banques, des chambres de compensation et de leurs astucieux informaticiens.

 

          En   1996, Marc Vanesse et Martine Vandemeulebroeke, les auteurs précités   du livre " paroles d’argent ", pensaient que " dématérialisé,   l’argent a échappé à l’emprise des Etats ".   Les anciens cadres et employés de Clearstream révèlent   que cet argent n’est pas du tout dématérialisé. Il est   rigoureusement compté et mis sur un compte, et sa circulation en quelques   minutes d’un compte à l’autre, sur toute la planète, est rigoureusement   tracée et archivée dans les caves et les disques durs des chambres   de compensation internationales. Seul Dieu se dématérialise.

 

          Quoi   que…

 

 

 

Trous noirs dans la boîte   noire

 

          Cacher   des valeurs et en emprunter pour le même montant peut servir à   blanchir n’importe quel argent, que ce soit le cash de la drogue ou de l’exploitation   sexuelle, ou les millions de dollars issus des privatisations sauvages des entreprises   de l’ex-URSS. Au fond de quelque quartier champignon de l’ancien empire soviétique,   ou sur une île indépendante des Etats, il y a une petite banque   crapoteuse, ou quelque filiale oubliée d’une grande banque, dont la direction   dévoyée accepte de prendre en compte les valises de cash ou des   millions de dollars sans poser au déposant la moindre question sur leur   provenance. De toute façon, aucune commission bancaire digne de ce nom,   ne viendra l’inspecter là sur son île. Le FMI supervise sévèrement   l’ex-URSS, mais ce n’est pas une commission bancaire. Or, cette petite banque   ou filiale d’une grande banque est justement affiliée à Clearstream,   où elle possède un discret petit compte non intégré.   Aussitôt déposé, le cash est vendu à quelque banque   sur une autre île à l’autre bout du monde, tandis que le compte   du déposant se garnit de titres comme ceux dont on peut avoir hérité   de la part d’un parent lointain, ou gagnés dans de vagues affaires compréhensibles   des seuls initiés.

 

          Mais   tout passe par Clearstream ! Clearstream, disent ses anciens cadres et   employés avec en guise d’assurance-vie des preuves cachées dans   des garages amis, c’est la boîte noire de la mondialisation. C’est la   boîte noire de la finance internationale, de la richesse qui échappe   aux Etats de droit. Ouvrez-la et vous savez ce que tout devient (" La   boîte noire ", Denis Robert, les Arènes, janvier 2002).   Mais, qu’il ait une boîte noire, c’est quand même encore un peu   dangereux pour le salut de l’Etat de grâce. C’est pourquoi, depuis le   début des années 90, les banques et leurs clients veulent bien   payer Clearstream plus cher encore pour un service supplémentaire, confié   à de petites mains informaticiennes qui s’activent dans les caves de   Clearstream.

 

          L’informaticien   reçoit par téléphone, du service client ou de la direction,   l’ordre de faire un script et de le mettre dans le système informatique   de Clearstream. Ce script ordonne que, lorsque arrivera de la part d’un client   ou du service client l’ordre d’effectuer tel transfert de valeurs, ce transfert   s’effectuera, mais ne sera pas inscrit dans les archives de Clearstream. Après   le passage de ce transfert, l’informaticien retournera dans le système   et effacera son script, ni vu ni connu. La boîte noire a un trou de mémoire,   le notaire s’abstient exceptionnellement de noter ; le blanchiment est   parfait alors qu’on dit qu’il n’existe pas de crime parfait.

 

          Les   informaticiens qui ont été employés à cela, et qui   le révèlent cinq ans plus tard une fois passé le délai   de prescription, disent qu’ils le faisaient tous les deux ou trois jours, et   jusqu’à dix fois par jour, pour des sommes de l’ordre du million de dollars   dont Clearstream retenait 10 à 30% pour son paiement et pour sa comptabilité   non intégrée. Même si les traitements des cadres de Clearstream   sont astronomiques, une rémunération pareille doit encore déborder   ces dépenses. Mais la direction de Clearstream était alors affiliée   à une de nos chevaleries " anticommunistes " modernes,   la scientologie, qui a pu en récupérer pour la plus grande gloire   de notre Empire.

 

 

 

Le bel avenir de l’Etat de grâce

 

          Les   révélations des virés et démissionnaires de Clearstream   ont obligé les banques, membres de son conseil d’administration, à   licencier cette direction et à mettre à la place d’autres chevaliers   appartenant à d’autres organisations " anticommunistes ".   Une toute nouvelle chambre de compensation est en création en Hongrie,   certainement avec la bénédiction voire sous l’impulsion du premier   ministre actuel, Peter Medgyessy.

 

          Medgyessy,   c’est un roman ! A l’époque de l’URSS, ce cadre du parti communiste   s’arrangea secrètement avec l’Occident pour que le pays s’affilie au   FMI précocement, à l’insu des Soviétiques. Ensuite, pendant   que les électeurs libérés du joug soviétique mettaient   des libéraux ostensibles au pouvoir, il devint directeur de la banque   française Paribas en Hongrie. Lorsque les électeurs furent lassés   des thérapies de choc et des privatisations sauvages de la droite ostensible,   ils remirent l’ancien communiste Medgyessy au pouvoir. En 2000, Medgyessy reçut   la légion d’honneur française, officiellement pour sa présidence   de la filiale de la banque Paribas en Hongrie. Deux ans plus tard, le parti   de droite rival, jaloux du succès de la gauche, balança l’histoire   du FMI, mais ce scoop fit un flop. En jurant publiquement n’avoir jamais agi   contre l’opposition au régime communiste, Medgyessy non seulement ne   se parjura guère, mais encore ne fut pas contraint à démissionner.   L’Etat de grâce a de beaux jours devant lui, car les Etats et même   leurs électeurs savent lui être reconnaissants d’exister dans sa   démesure et sa splendeur. (Nouvel Observateur n°1968 du 25 au 31 juillet   2002 p. 42-43 ; Le Vif 20ème année n°13 du 29   mars au 4 avril 2002 p. 66-68)

 

 

 

L’Etat entre l’Etat de droit et   l’Etat de grâce

 

          Cette   légion d’honneur offerte par l’Etat français à l’Etat de   grâce démontre que, même si ses bienfaits ne sont pas inscrits   dans le budget public, l’Etat de grâce n’en est pas moins une composante   essentielle de l’Etat moderne. A côté des doubles comptabilités,   donc des comptabilités vraies secrètes mais néanmoins bien   existantes, il existe un autre point de contact entre l’Etat de droit, bien   connu de nous, et ce transcendant Etat de grâce qui toujours s’évanouit   tel le sable entre les doigts.

 

          Le   gouvernement de l’Etat moderne se caractérise par une participation aux   richesses de l’Etat de grâce, en échange de son action en vue de   le protéger contre l’incompréhension des masses sujettes à   l’Etat de droit. Via les même mécanismes de dissimulation des revenus   que ceux qui viennent d’être exposés, la plupart des membres du   gouvernement, certains membres du parlement, les dirigeants des partis politiques   traditionnels ou aspirant à le devenir, ainsi que de nombreux journalistes,   intellectuels et consultants bénéficient des largesses de la part   des acteurs de l’Etat de grâce, à charge pour eux d’oeuvrer à   son maintien, à sa défense et à son bon fonctionnement.  

 

          Dès   lors, ces journalistes et ces politiciens démontrent que l’emprise fiscale   sur l’Etat de grâce est impossible, et que d’ailleurs, les acteurs de   l’Etat de grâce sont déjà à moitié ruinés   par leur générosité ou par " la crise ".   Ils démontrent que l’Etat de droit doit voler au secours des acteurs   de l’Etat de grâce, sans quoi, leur ruine entraînera celle de la   société tout entière. Cette démonstration est d’autant   plus imparable et intimidante qu’elle contient une part de vérité :   si jamais l’Etat de grâce veut couler l’Etat de droit, c’est-à-dire   le priver de ressources, il y arrive. Comme l’ont constaté Marc Vanesse   et Martine Vandemeulebroecke en 1996, l’Etat de droit est bel et bien à   la merci de l’Etat de grâce.

 

          Finalement,   les journalistes et les intellectuels rémunérés à   la pige par l’Etat de grâce renversent la vapeur et démontrent   que les investisseurs ont besoin d’une aide financière prélevée   sur le produit de l’impôt de l’Etat de droit. Grâce à ce   sacrifice imposé aux petits revenus, on augmentera les dispositions de   l’Etat de grâce à la générosité et on en profitera   dans un avenir qui toujours se dérobe.

 

 

 

Comment lutter contre la criminalité   organisée

 

          Lorsque   les anciens cadres et employés de Clearstream ont dévoilé   et pensé dénoncer la double comptabilité de leur société,   ils ont souligné que l’argent de la drogue et celui des activités   mafieuses passait, lui aussi, par les mêmes circuits que les bénéfices   que les honnêtes sociétés commerciales veulent soustraire   à l’Etat de droit. On pourrait donc en connaître et en interpeller   les propriétaires, voire même le récupérer pour l’affecter   à l’aide aux victimes de ces mafias.

 

          Cela   est parfaitement vrai, mais comment arracher l’ivraie sans arracher en même   temps le blé? Pas question de lever le secret bancaire et encore moins   d’aller vérifier les archives des chambres de compensation ! Pour   ne pas mettre de mettre en péril l’Etat de grâce, il est impératif   de renoncer à l’idée de lutter contre la mafia par de tels moyens.  

 

          Il   faut donc continuer à lutter contre les mafias via la police : par   exemple, en contrôlant les prostituées et en essayant de les faire   parler contre leur proxénète, même si l’Etat de droit n’a   pas assez de ressources à consacrer à leur protection contre la   vengeance de celui-ci. Il faut, de même, fouiller les dealers et essayer   de les faire parler contre leurs fournisseurs.

 

          Certains   proxénètes et fournisseurs ont d’ailleurs le comportement plein   de largesse qui caractérise les acteurs de l’Etat de grâce, et   y accèdent, dès lors, pleinement. En effet, pour être opérationnelle,   la définition de l’Etat de grâce se doit d’être très   simple, et de se limiter au constat de la largesse, de la générosité,   de la capacité de financement et d’investissement des acteurs, d’où   que vienne cette capacité. C’est pourquoi, dans l’approche des milieux   mafieux, il y a lieu de se montrer nuancé plutôt que d’un manichéïsme   don-quichottesque, et de résoudre les problèmes pragmatiquement   au cas par cas.

 

          Puisque   l’Etat de grâce est ainsi la source de quelques dommages collatéraux,   il est tenu moralement à un devoir de réparation. Il sera bon   de lancer un appel aux acteurs de l’Etat de grâce pour qu’ils financent   des agences de lutte contre la prostitution, la drogue ou le trafic d’enfants.   A défaut de pouvoir agir sur les mécanismes bancaires, ce qui   mettrait en péril tout l’Etat de grâce, on financera quelques unes   de ces agences, comme par exemple Child Focus, dont les employées assistantes   sociales pourront raconter les missions émouvantes, les sauvetages exceptionnels,   et sauve qui peut.

 

Conclusion philosophique

 

          Les   employés de Clearstream se sont trompés en s’indignant de ce que   les acteurs de l’Etat de grâce soient au-dessus des lois de l’Etat de   droit. Leur indignation dénote une incompréhension profonde et   dangereuse, non seulement du système, mais encore de la nature humaine.  

 

          Qu’arriverait-il   si, comme ils le revendiquent, l’Etat de droit régissait la totalité   de l’économie et des relations sociales ? Imposés contre   leur gré et à des taux progressifs qui ramèneraient leurs   revenus aux niveaux mesquins du commun, les acteurs de l’Etat de grâce   perdraient leur générosité aussi bien que leur esprit d’initiative.   Ils n’auraient plus de ressources à affecter à de gigantesques   projets qui font la gloire de l’humanité et débouchent sur de   nouvelles technologies. Toute magnificence disparaîtrait de la surface   du monde. Vous n’auriez plus, dans les villes, ces immeubles de verre pour lesquels   on a rasé des quartiers entiers de baraques insalubres, et qui semblent   un défi lancé au ciel par l’humanité assujettie à   un but qui la dépasse : servir la divinité à quoi   ressemble une extraordinaire concentration de richesse. Emprisonnez dans les   carcans de l’Etat de droit la totalité de l’économie et de l’humanité,   et c’est la face du monde qui se trouve détériorée, ternie,   nivelée, figée dans l’éternelle reproduction d’un bonheur   mesquin dont aucun esprit élevé ne saurait se contenter.

 

          Voilà   qui débouche sur une note philosophique par laquelle je terminerai mon   exposé. L’Etat de grâce restitue, dans toute sa pureté,   à la relation humaine son essence, celle où le maître tout   puissant, détenteur de la richesse, ne voit son pouvoir limité   que par l’art que déploie son vis-à-vis pour lui être utile,   pour le séduire et pour conserver la vie. Seul l’Etat de grâce   peut agir de manière à sélectionner parmi l’espèce   humaine le dépassement de soi : l’investissement de l’un, l’excellence   de l’autre. Depuis Hegel et même depuis son précurseur Sade, on   sait que le meilleur de l’espèce humaine se joue dans la relation du   maître à l’esclave, où l’esclave, par son habileté,   réussit à conserver la vie à condition de faire jaillir   l’admiration du maître le plus exigeant. N’est-il pas vrai que la pensée   de cette relation démesurée, essentielle, extrême, libérée   des entraves des droits humains, suscite chez beaucoup une fascination trouble   et même une attirance à la manière d’un défi ?  

 

          Si   l’Etat de droit est une nécessité actuelle face à la stagnation   paresseuse et timide d’une grande partie de l’humanité, l’Etat de grâce   est son état le plus parfait et le plus naturel. Puissions-nous, non   seulement le défendre contre les attaques des ignorants, mais encore   l’étendre, en combattant tels des croisés les parties de la société   encore prises dans la gangue de l’Etat de droit. Ainsi, on a déjà   supprimé le revenu minimum garanti pour le remplacer par une allocation   temporaire récompensant les efforts d’insertion, autrement dit le mérite.   C’est un pas dans le bon sens. Comme les immeubles de verre ont remplacé   les quartiers insalubres, la conscience inquiète de devoir participer   à l’oeuvre commune doit remplacer l’insalubrité des mesquines   libertés individuelles anarchiques. Alors, le souffle vivifiant de l’inégalité,   et de la lutte pour la vie, opérera dans les limbes grises de ces banlieues   perdues de salutaires incendies, débroussaillants et fertilisants, et   l’humanité combative et laborieuse s’y éveillera libre des entraves   mentales qui la tenaient enchaînée à ses acquis sociaux.  

 

          Amen.

Récupéré par  Cécily   dans les  poubelles du Bilderberg
  un jour que
les dévoreuses de papier   étaient en panne.

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Allocution de Fidel du 1er Juin 2002

          La révolution socialiste a créé plus de propriétaires à Cuba que n'en ont créé des siècles de capitalisme

          Allocution prononcée par le président Fidel Castro Ruz, premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba et président des Conseils d'État et de ministres, à la Tribune publique de la Révolution, au cours du meeting de protestation et de condamnation du blocus, des calomnies et des menaces du président Bush, sur la place Général Calixto García (Holguín), le 1er juin 2002.
(Traduction de la version du Conseil d'État)

          Chers compatriotes d'Holguín, de Granma, de Las Tunas et de Cuba tout entière,

          Quelle ironie d'écouter monsieur W. Bush, le 20 mai dernier, où il s'est donné en spectacle devant son auditoire de Miami, parler haut et fort d'indépendance et de liberté — non pour Porto Rico, mais pour Cuba — et beaucoup aussi de démocratie — non pour la Floride, mais pour Cuba ! Monsieur W. a mis notamment l'accent sur la défense de la propriété privée, comme si elle n'existait pas à Cuba.

          Je me suis rendu compte alors que les années passent. Quelle était lointaine l'époque où un homme à la voix chaude et aux accents persuasifs, assis sur une chaise roulante, parlait en qualité de président des Etats-Unis et inspirait le respect : c'était Franklin Delano Roosevelt ! Il ne parlait pas comme un matamore ou un nervi, et les Etats-Unis n'étaient pas encore la superpuissance hégémonique qu'ils sont devenus. L'Ethiopie venait d'être occupée. La sanglante guerre civile espagnole avait éclaté. La Chine était envahie et le danger nazi-fasciste menaçait le monde. Roosevelt, un vrai homme d'Etat de mon point de vue, luttait pour tirer son pays d'un isolationnisme dangereux.

          J'étais alors un écolier de septième ou de sixième. J'avais douze ou treize ans. J'étais né en pleine campagne, à un endroit où la lumière électrique n'existait pas et qu'on ne pouvait atteindre bien souvent qu'à dos de cheval, sur des sentiers boueux. Les mois de l'année s'écoulaient entre un internat rigoureusement ségrégationniste — autrement dit, de l'apartheid sexuel, les garçons à une distance infinie des filles, séparés dans des écoles séparées entre elles par des années-lumière — à Santiago de Cuba et de brèves vacances, certaines plus longues en été, à Birán.

          Ceux qui comme moi étaient privilégiés portaient des vêtements, des chaussures, et se nourrissaient. Un océan de pauvreté nous entourait. Je ne sais combien fait le ranch de monsieur W. au Texas ; je me rappelle en tout cas que mon père régnait sur plus de dix mille hectares de terre. Une bagatelle, en fait. Parce que des propriétés gigantesques, qui allaient de 110 409 hectares à 115 079, propriété de la West Indies Sugar Company et de l'United Fruit Compay, entouraient le latifundio de la famille.

          Quand un président des Etats-Unis annonçait un discours, on attendait la parole de Dieu. Normal, tout venait de là-bas : tout ce qui était beau, bon, utile, depuis une lame de rasoir jusqu'à une locomotive, depuis une carte postale avec la statue de la Liberté jusqu'à ces films de cow-boys qui fascinaient tant les enfants et les grandes personnes. Et puis, d'ailleurs, n'était-ce pas de là-bas que « l'indépendance et la liberté nous étaient venues » ? C'est en tout cas ce que disaient les dizaines de milliers d'ouvriers agricoles et de paysans sans terre de ces territoires-ci qui gagnaient leur vie une partie de l'année en désherbant les plantations de canne à sucre et en la coupant. Nu-pieds, mal vêtus, la faim au ventre, ils vivaient sous la terreur de la police rurale, créée par les Nord-Américains à l'époque de leur occupation militaire, armée de fusils Springfield, de longues et étroites machettes, coiffée de chapeaux texans et montant des chevaux tout aussi texans, de la taille de percherons, qui semaient la panique parmi nos travailleurs mal nourris et réprimés sans pitié à la moindre tentative de grève ou de protestation.

          Au milieu de ces immenses étendues de champs, de baraques, de chaumières, de hameaux appauvris et de sucreries, on voyait apparaître de temps à autre une misérable salle de classe pour deux cents ou trois cents enfants, mais sans livres de texte, avec très peu de matériel pédagogique et parfois même sans instituteur. Ce n'est que dans des batey (des établissements autour) des grandes sucreries qu'on trouvait un ou deux médecins, qui soignaient essentiellement les familles des gérants et des hauts fonctionnaires des sociétés sucrières étrangères.

          Proliférait en revanche un individu curieux, dont le niveau scolaire ne dépassait guère la dixième ou la neuvième, — un vrai savant, de toute façon, au milieu de cette masse d'analphabètes — qui était presque toujours le compère et le visiteur occasionnel des familles vivant à la campagne : il se chargeait des questions électorales des citoyens. Il vendait des bulletins, compromettait l'électeur. On l'appelait le « sergent politique ». Le campagnard ne vendait pas son vote : il aidait « son ami ». Le candidat qui avait le plus d'argent et engageait le plus de recruteurs de votes était presque à coup sûr, sauf rares exceptions, le vainqueur, qu'il s'agisse d'élections nationales ou d'élections de type municipal ou provincial. Quand les élections portaient sur un changement de président — mais jamais du système politique et social, n'y pensez pas ! — et que des conflits d'intérêts éclataient, c'était la police rurale qui décidait du vainqueur.

          L'immense majorité de la population était analphabète ou semi-analphabète, elle dépendait d'un emploi misérable que lui concédait un patron ou un fonctionnaire politique. Le citoyen n'avait pas d'autre choix. D'ailleurs, il n'avait pas assez de connaissances pour décider des questions toujours plus complexes de la société et du monde.

          De l'histoire de notre patrie, il ne connaissait que les légendes qui couraient de bouche à oreille et que lui racontaient ses parents et ses grands-parents au sujet des guerres héroïques de l'époque coloniale, ce qui était tout compte fait une grande chance. Mais comment pouvait-il comprendre ce que signifiaient ces partis politiques traditionnels, dominés par des oligarchies au service de l'empire ? Qui le lui apprenait ? Où pouvait-il le lire ? Dans quelle presse ? Par quel abécédaire ? Comment le lui transmettre ? Les efforts brillants et héroïques des intellectuels de gauche, qui obtenaient des avancées admirables dans ces
conditions-là, se heurtaient aux murailles infranchissables d'un nouveau système impérial et à l'expérience accumulée des siècles durant par les classes dominantes en vue d'opprimer, d'exploiter, de berner et de diviser les peuples.

          Le seul droit de propriété que connaissaient la quasi-totalité des Cubains jusqu'en 1959 était le droit des grandes sociétés étrangères et de leurs alliés de l'oligarchie nationale à être les patrons d'énormes étendues de terres, des ressources naturelles du pays, des grandes usines, des services publics vitaux, des banques, des entrepôts, des ports, des hôpitaux et des écoles privées qui prêtaient des services de qualité à une infime minorité privilégiée de la population.

          Le hasard m'a accordé l'honneur d'être né justement ici, sur le territoire actuel de cette province-ci, et si cet endroit se trouve à cinquante-quatre kilomètres à vol d'oiseau de cette place, le souvenir en est bien plus près dans mon esprit : à dix millimètres, à dix secondes.

          Dans ces immenses latifundios de canne à sucre, je n'ai jamais vu que des dizaines de milliers de paysans sans terre ou de détenteurs précaires, sans le moindre titre de propriété, constamment menacés d'expulsion ou carrément expulsés par cette police montée au chapeau texan ou, au mieux, payant des rentes léonines. Dans les villes, j'ai vu très peu de propriétaires de
logements, qui faisaient payer d'ailleurs des loyers élevés. Je n'ai pas vu d'hôpitaux, ni d'écoles pour les gens et leurs enfants, ni d'armée de médecins et d'enseignants : seulement de la misère, de l'injustice et du désespoir, partout. On avait privé le peuple
de toute propriété !

          Il fallait reprendre le maquis. Il fallait briser les chaînes. Il fallait faire une révolution profonde. Il fallait être prêt à vaincre ou à mourir. Et nous l'avons fait.

          La révolution socialiste a créé plus de propriétaires à Cuba que n'en ont créé des siècles de capitalisme. Des centaines de milliers de familles paysannes sont aujourd'hui propriétaires de leurs terres pour lesquelles elles ne paient même pas d'impôts. Des centaines de milliers d'autres les possèdent en usufruit gratuit et les exploitent seules ou en coopératives, et sont propriétaires des machines, des ateliers, du cheptel et d'autres biens. Qui plus est, la Révolution a converti le peuple cubain en
propriétaire de son propre pays. Ce qu'elle a liquidé, c'est la propriété des moyens de production fondamentaux, des institutions financières et d'autres services vitaux aux mains de pillards et de pressureurs du peuple qui s'enrichissaient de la sueur des travailleurs, ou servant au profit exclusif de privilégiés et de riches, à l'exclusion des pauvres et des Noirs.

          Le chef d'un gouvernement impérial pourrait calmer sa nostalgie de la propriété s'il voulait bien se donner la peine de constater qu'en plus des paysans, des millions de familles citadines sont maintenant propriétaires de leur logement pour lequel elles ne paient pas non plus d'impôts.

          Face à la nécessité historique de sortir du sous-développement qu'elle a hérité, Cuba partage avec des sociétés étrangères les productions auxquelles elle n'aurait pas accès par ses propres technologies et ses propres fonds, mais aucune institution financière internationale ni aucun capital privé étranger ne fixe nos destinées.

          Pas un seul centime n'aboutit dans les poches de Castro et de ses partisans. Aucun haut dirigeant révolutionnaire cubain ne possède un seul dollar dans aucune banque, ni de comptes personnels en devises à Cuba ou à l'étranger, ni d'hommes de paille qui en ont à sa place. Aucun n'est corruptible. Ce que savent pertinemment les centaines de sociétés étrangères qui font des affaires à Cuba. Aucun n'est millionnaire, à la différence de monsieur le président des Etats-Unis, qui touche en un mois presque le double de ce que touchent tous les membres du Conseil d'Etat et du Conseil des ministres de Cuba ensemble en un an. Aucun ne pourrait être inscrit sur la longue liste que forment bon nombre des amis néo-libéraux de monsieur W. en Amérique latine, des champions olympiques de la concussion et du péculat. Et le petit nombre d'entre eux qui ne détournent pas les deniers publics et ne se jouent pas du fisc volent de toute façon la plus-value aux pauvres et aux affamés et tuent tous les ans des centaines de milliers d'enfants latino-américains qui pourraient se sauver. Tel est le système que monsieur W. languit d'imposer comme modèle à Cuba. Vous nous insultez sans raison. Ne vous plaignez donc pas de la dureté de nos réponses.

          La fin de l'exploitation des êtres humains et la lutte pour une vraie égalité, pour une vraie justice sont et resteront les objectifs d'une révolution qui ne cessera jamais de l'être.

          Grande a été l'ouvre de la Révolution cubaine dans tout le pays, et plus grande encore dans cette chère et héroïque région de l'Est, qui était la plus pauvre et la plus en retard. Trois de cinq provinces de l'Est qui ont envoyé à ce meeting de protestation historique plus de quatre cent mille citoyens combatifs et enthousiastes — Holguín, Granma et Las Tunas — ont atteint en quelques brèves années des acquis sociaux et humains sans parallèle au monde.

          Voici quelques exemples de ce qu'elles avaient avant la Révolution et de ce qu'elles ont maintenant :

          Mortalité infantile : avant, près de 100 décès pour 1 000 naissances vivantes ; aujourd'hui, 5,9 - bien moins que les Etats-Unis.

          Espérance de vie à la naissance : avant, 57 ans ; aujourd'hui, 76.

          Quantité de médecins : avant, 344 ; aujourd'hui, 10 334.

          Centres de santé publique : avant, 46 ; aujourd'hui, 4 006.

          Lits d'hôpitaux : avant, 1 470 ; aujourd'hui, plus de 12 000.

          Instituteurs : avant, 1 682 ; aujourd'hui, 77 479.

          Etablissements universitaires : avant, 0 ; aujourd'hui, 12.

          Ne sachant ni lire ni écrire : avant, 40,3 p. 100 ; aujourd'hui, 0,2.

          Terminant le primaire : avant, 10 p. 100 de seulement 34 p. 100 des enfants d'âge scolaire allant à l'école publique ; aujourd'hui : 99,9 p. 100 de 100 p. 100 qui vont à l'école.

          Téléviseurs pour l'enseignement audiovisuel : avant, 0 ; aujourd'hui, 13 394.

      Equipements pour l'enseignement de l'informatique de la maternelle à la fin du primaire : 5 563, favorisant 237 510 enfants.

          Plus de 27 000 jeunes de dix-sept à trente ans sans emploi font des études du deuxième cycle dans les toutes nouvelles Ecoles de recyclage intégral pour jeunes, tout en touchant une rémunération.

          Ces trois provinces comptent 62 musées, 68 maisons de la culture, 21 galeries et 72 bibliothèques.

          Tous les enfants de Cuba, indépendamment des revenus de leurs parents et de la couleur de leur peau, reçoivent gratuitement des soins médicaux d'une qualité toujours plus élevée, dès avant leur naissance, et continueront de les recevoir jusqu'à la fin de leur vie. Et sont assurés de recevoir un enseignement depuis la maternelle jusqu'au doctorat en sciences, sans débourser un seul centime.

          Aucun pays latino-américain ne peut se comparer, même de loin, à Cuba dans ces domaines. Il n'existe dans notre pays aucun enfant qui doive mendier pour vivre ou rater l'école parce qu'il doit travailler. Pas de drogues non plus, qui empoisonnent et détruisent les adolescents et les jeunes.

          Ce n'est pas une tyrannie, comme vous le taxez monsieur W. ! C'est de la justice, de la vraie égalité entre les êtres humains, de la connaissance et de la culture généralisée, sans laquelle il n'y a ni il ne peut ni il ne pourra y avoir de vraie indépendance, de vraie liberté et de vraie démocratie nulle part au monde.

          Vous devriez avoir honte, monsieur W., de proposer de telles sociétés où règnent la corruption, l'inégalité et l'injustice, pulvérisées par le modèle néolibéral, comme exemples d'indépendance, de liberté et de démocratie !

          Mais, pour monsieur W., la liberté et la démocratie ne règnent, semble-t-il, que là où l'argent est roi. Et où ceux qui peuvent payer un dîner à 25 000 dollars le couvert - une insulte pour les milliards de personnes qui vivent dans le monde pauvre, affamé et sous-développé - décident du sort d'une grande nation comme les Etats-Unis et du reste de la planète.

          Assez d'idioties, monsieur W. ! Respectez du moins l'intelligence des personnes capables, elles, de penser. Lisez quelques-unes des cent mille lettres que nos enfants vous ont adressées au sujet de Martí. N'insultez pas Martí. N'invoquez pas en vain son nom sacré. Cessez de chercher des phrases passe-partout pour vos discours. Respectez-nous et respectez-vous.

          Le blocus criminel que vous promettez de durcir redouble l'honneur et la gloire de notre peuple contre lesquels vos plans génocides se briseront. Je vous l'assure.

          Compatriotes, face aux dangers et aux menaces, vive plus que jamais la Révolution socialiste !

          La patrie ou la mort !

          Nous vaincrons !
                                                         

Posté par dav7862 à 23:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]